La fabrique du doute, la fin du consensus scientifique et l’errance de la société


Sommaire

Science et société
La science est une boîte noire
La place de la science dans la prise de décision politique
La rigueur scientifique
La hiérarchie du niveau de preuve

La professionnalisation du lobbying
Qu’est-ce que le lobbying ?
L’industrie du tabac : la genèse du détournement de la science

Science académique et science réglementaire
Science académique
La science réglementaire, une science privée et secrète
La science réglementaire et les « bonnes pratiques de laboratoire »
La science réglementaire fonctionne par dérogation
La contre-attaque pour maintenir le détournement du savoir

Méthodologie de destruction de la science
La recherche leurre
La recherche obstruction
Le funding effect

Le sciencewashing et les failles des revues
Constitution d’un article scientifique
Le ghostwriting 
Le coût exorbitant de l’accès à l’information savante
Le conflit d’intérêts des revues
Évaluation de la recherche par les revues (facteur d’impact)
La mafia des éditeurs de revue, la guérilla pour le libre accès

La capture du régulateur et la dissolution des politiques publiques
Le processus de dissolution des politiques publiques
Groupe paravents de l’industrie et confusion d’intérêts
Le régulateur incompétent
Les key opinion leaders et l’argument d’autorité
L’abus de réputation
Utilisation d’une novlangue pour déformer la réalité
Auto-régulation, mesures volontaires, et self-control
Le nivellement par le bas des inquiétudes pour un consensus

Déontologie
Effet de licence morale : déclaration vaut-elle absolution ?
Un expert sans conflit d’intérêts est-il un expert sans intérêt ?
C’est celui qui dit qui est
La collégialité
La dissonance cognitive
La décharge de responsabilité en invoquant le libre arbitre

C’est par là que ça se passe
Les agences de sécurité sanitaire
L’UE, paradis des lobbyistes
Le règlement REACH ou l’ambition européenne de la maîtrise du risque chimique

Adieu la recherche publique, adieu la recherche indépendante
Organisation de la recherche
Financement de la recherche
Emploi scientifique
Relations entre recherche publique et société

Y-a t-il un grand méchant loup ?
La substitution causale
Un mal pour un bien ?
La peur de la perte de crédibilité
La bureaucratie
Qui croire ?

Science et société

La science est une boîte noire

La science est comme une boîte noire pour le public. Elle est ésotérique et produit mystérieusement des percées qui sont relayées par les canaux d’information de grande portée, les grands médias, et par les réseaux sociaux.
La science n’est pas une série de découvertes révolutionnaires communiquées par le biais de communiqués de presse, de tweets et de courriels de masse précipités. Elle est plutôt incrémentale, nuancée et souvent contradictoire. Elle se définit autant par ses méthodes et leurs limites que par ses percées. La méthode scientifique, distincte des résultats, devrait être une cible en soi pour toutes les formes de communication scientifique.
Il est important de rendre les découvertes accessibles à un public profane afin de combler le fossé entre la sphère de la science et le commun des mortels. S’il n’y a pas de contrôle, la vulgarisation est défaillante car peu de gens prennent la peine de remonter ce fil de la production de connaissances.

Or, il y a beaucoup de maillons dans la chaîne de l’information scientifique. À chaque maillon, on perd un peu d’info, on dénature le message, et on court le risque de diffuser des connaissances erronées.

Le danger, c’est que la boite noire demeure close, car tout le monde fait confiance à ce qu’il y a dedans par défaut.
Cet article vise à analyser le chemin qui va de la fabrication de connaissances scientifiques jusqu’à son utilisation par le législateur, et à en révéler ses défauts.
Vous pouvez le voir un comme un guide pratique recensant les travers du cerveau humain, les failles de la méthodologie scientifique, les vices de nos démocraties et surtout : les stratégies d’instrumentalisation de la science pour in fine influer sur les décisions des agences réglementaires.

Vous verrez que c’est la subtilité, et parfois la simplicité des méthodes qui surprend. Nos sociétés ont mis des siècles à développer des processus raffinés de production et de contrôle des connaissances. En se les appropriant, les industriels sont parvenus à implanter l’ignorance au coeur de la décision collective. Ils n’ont rencontré que peu de résistance de la part des gouvernements. Et notre société intègre chaque jour une version remaniée du savoir.

La place de la science dans la prise de décision politique

La science ne dit jamais la vérité

La méthode scientifique affirme que la science ne produit que des modèles faux. Elle s’interdit de proclamer que le modèle « à date » est celui qui décrit le mieux le monde. Il y en aura toujours un de meilleur.

Le doute est nécessaire

En science, il y a également la nécessité de douter. Le doute est consubstantiel à la science en ce qu’il amène la critique et l’amélioration des connaissances.
Le doute, ce n’est pas la même chose que de s’interdire de dire la vérité.

Douter de tout est malsain

Douter de tout est récupéré par les complotistes et les paranoïaques pour dire « rien n’est vrai ». Quand la science dit qu’elle ne dira jamais la vérité, ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas de vérité.
Et douter de tout est également utilisé de manière subtile et insidieuse par les lobbyistes qui peuvent être qualifiés de « marchands de doute ».
Le scepticisme dogmatique est à proscrire d’une démarche saine.

La science ne dicte pas le chemin

La question de la prise en compte des découvertes scientifiques et des avancées de la science dans les prises de décision politiques n’est pas nouvelle, elle se pose de manière régulière depuis le Siècle des Lumières qui a considéré que la science était la principale source potentielle du progrès de l’humanité toute entière.
Il est indispensable de bien différencier le processus de fabrication de connaissances scientifiques, et le choix éthique de société. La science nous donne une représentation du monde, et nous devons faire des choix de société, en accord ou non avec cette représentation.
Prenons pour exemple le sujet clivant de l’avortement : la science – si elle est bien menée selon les principes précédents – peut nous dire sans trop de supposition : « le foetus a un système nerveux à partir de « x » mois qui lui fait ressentir la douleur ». C’est une construction scientifique. Mais ensuite, la société fait un choix éthique et décide à quel moment elle souhaite interdire l’avortement.
Les humains sont forcés de faire des choix, parfois difficile, en fonction de leur réalité à un instant « t ».
Ces choix sont facilités par un fonctionnement particulier du cerveau qui n’est pas rationnel, mais « rationnalisant ». Il peut justifier tout acte en adaptant sa représentation du monde.
Autre exemple, grâce aux travaux du GIEC (Groupement Intergouvernemental d’Experts sur le Climat), il est désormais certains et indubitable que le dérèglement climatique est en majorité imputable aux activités humaines. Par contre, le débat de société est ouvert pour savoir comment combattre le réchauffement.

La science ne dicte pas le chemin, mais nous éclaire, et si une société démocratique décide qu’elle DOIT faire un choix en s’aidant des connaissances établies, alors :
– La société DOIT pouvoir s’informer grâce à de la vulgarisation ;
– La société DOIT faire l’effort de s’informer ;
– La société DOIT avoir les moyens d’accéder à l’information

La science est notre carte

En prenant pour métaphore que les sociétés humaines cheminent à travers le temps, et que la science est notre carte pour nous repérer, plusieurs éléments peuvent nous induire en erreur et transformer notre avancée en errance aveugle :

  • La malscience = carte mal faite
  • La sur-information = carte complexe
  • Vulgarisation = appropriation de la carte
  • Pas de consensus scientifique = pas de carte
  • Le Lobbying = carte trafiquée à notre insu

La rigueur scientifique

La rigueur scientifique repose sur quelques principes (théoriques comme nous le verrons) :

  • Fidélité de mesure : Étroitesse de l’accord entre les indications ou les valeurs mesurées obtenues par des mesurages répétés du même objet ou d’objets similaires dans des conditions spécifiées. La fidélité de mesure est une qualité d’une procédure de mesure, d’un appareil de mesure ou d’un système de mesure.
  • Répétabilité de mesure : Conditions où les résultats d’essai indépendants sont obtenus par la même méthode sur des individus d’essai identiques dans le même laboratoire, par le même opérateur, utilisant le même équipement et pendant un court intervalle de temps. La répétabilité est une qualité (fidélité en conditions de répétabilité) qui caractérise, non pas les résultats obtenus, mais une procédure de mesure, un appareil de mesure ou un système de mesure, à un niveau donné de l’échantillon.
  • Reproductibilité de mesure : Conditions où les résultats d’essai sont obtenus par la même méthode sur des individus d’essais identiques dans différents laboratoires, avec différents opérateurs et utilisant des équipements différents. Cette condition permet de s’affranchir d’effets aléatoires venant fausser les résultats ainsi que des erreurs de jugement ou des manipulations de la part des scientifiques.
  • L’évaluation par les pairs (Peer Review) : désigne l’activité collective des chercheurs qui jugent de façon critique les travaux d’autres chercheurs.

La hiérarchie du niveau de preuve

La qualité des preuves scientifiques est généralement représentée au moyen d’une pyramide : la base est liée à la recherche préclinique, avec des études in vitro et in vivo, qui donne un aperçu de l’efficacité potentielle d’une certaine thérapie. La recherche clinique représente un niveau de preuve plus élevé, se référant à des scénarios humains.
On ne détaillera pas les différents types de preuves. La question à se poser est : la solidité des preuves augmente t-elle en remontant cette pyramide ?
Vaut-il mieux

  • Une vaste et rigoureuse étude de cohorte prospective ou un petit essai contrôlé randomisé mal réalisé ?
  • Un examen systématique de douzaines d’études de cas témoin bien conduites ou un vaste essai clinique randomisé ?
  • Un vaste et rigoureux essai contrôlé randomisé effectué au Japon ou une analyse de séries chronologiques menée à Nantes en supposant que vous vivez à Angers ?

Une étude bien menée, qui occupe un rang « inférieur » dans la hiérarchie des données probantes peut effectivement être meilleure. La qualité de l’étude n’est qu’une considération parmi d’autres dans le poids des données probantes.

La professionnalisation du lobbying

Qu’est-ce que le lobbying ?

Le lobbying n’est pas de la corruption car c’est légal. Le but est d’intervenir sur les lois (supprimer, diluer, détourner, amender, retarder, réécrire) à son avantage pour ne pas entraver l’activité.
Les méthodes de lobbying sont relativement simples, mais c’est notre cerveau qui est complexe, influençable, et chargé de biais cognitif. Le processus d’influence sur la réglementation est donc subtile.
Avec le temps, on pourrait croire que le processus de fabrication de la connaissance s’est perfectionné, que la science avance chaque jour, et que la réglementation nous protège de mieux en mieux. Rien n’est plus faux.
Alors, faut-il exiger que les revues scientifiques publient uniquement des résultats de recherche financés à 100% sur fonds publics ? Ou qu’elles publient uniquement les opinions de scientifiques académiques ? La réponse est non, bien entendu.
Il ne faut pas non plus croire que toutes les firmes qui appuient leur activité commerciale sur des recherches scientifiques manipulent de manière systématique leurs données, de manière sournoise et secrète dans un but de disruption du savoir. Il existe en revanche suffisamment d’éléments de preuve sur une très longue durée pour le soupçonner de manière systématique.
Sans aller jusqu’à parler de théorie du complot (qui ne démontre jamais de causalité), la fabrication de fausses connaissances scientifiques existe bel et bien, et des études percluses de lacunes rédhibitoires peuvent passer sans encombre le filtre du peer review. Ajoutons à cela que la calomnie de chercheurs honnêtes et compétents est systématique.
La critique et le débat son consubstantiels à la science. Comment distinguer un authentique questionnement d’un matériau de propagande injecté au coeur de la production du savoir ? La question se pose même pour les scientifiques. Quand ils croisent une controverse, les scientifiques y reconnaissent d’abord l’application d’un droit à la critique légitime et des mécanismes qui leurs sont familiers. Seuls les spécialistes, non du domaine, mais du sujets précis dont il est question sont à même de discerner qu’il se trouve peut-être là une dispute entièrement construite. Alors autant dire que, pour un décideur public dépourvu de cultures scientifiques, c’est impossible.
C’est ça la manufacture du doute, la fabrique de la controverse, où les études se contredisent et, en créant un débat artificiel, parviennent à paralyser la décision réglementaire. De la contradiction découle l’absence de consensus. Le responsable public a, lui, l’incertitude en horreur. Disputes tranchées, travaux aboutis, consensus scientifique, conclusions claires et nettes : voilà ce dont il a besoin. Légiférer d’accord, mais encore faut-il que le danger, bien réel, le nécessite. Quand 45 études concluent à la toxicité d’un produit alors qu’elles ne sont que 6 à dire le contraire, il n’y a pas à tergiverser. Que faire quand il ne s’en trouve pas 6 mais 30 ? 30 études qui combinent assertions radicales, jugements définitifs et déclarations offensives. a

Bien souvent les divergences apparentes l’emportent alors sur la volonté de réglementer, et c’est aux fabricants du produit dangereux que revient le bénéfice de l’incertitude, puisque le principe de précaution n’est jamais mis en oeuvre.
Toute la supercherie consiste à faire croire qu’il y aurait 2 camps scientifiques quand, en fait, il y a d’un côté un ensemble de conclusions scientifiques et, de l’autre, leur contestation par les acteurs mêmes qui commercialisent le produit.

Qui sont les lobbyistes ?

Le métier de lobbyiste, en revanche, se décline sous différentes formes.

  • Les lobbyistes « maison » (ou « in-house ») : ce sont ceux que l’on trouve en plus grand nombre à Bruxelles. Ils sont employés directement par les firmes ou par les associations industrielles (trade associations) regroupées par secteur, dont elles sont membres.
  • Les cabinets de lobbying : il s’agit de consultants employés par des cabinets de lobbying et de relations publiques.
  • Les cabinets d’avocats : ils interviennent autant en amont, au moment de la rédaction de la loi, qu’en aval, pour éventuellement la contester devant un tribunal.
  • Les think tanks (laboratoires d’idées) : jamais neutres, contrairement à ce qu’ils prétendent en vitrine, les think tanks sont d’importants véhicules d’influence.
  • Les cabinets de défense de produits : inconnus du grand public et de la plupart des décideurs, ils vendent leurs services aux firmes et aux associations professionnelles. Ils emploient, eux, des scientifiques (statisticiens, toxicologues, ingénieurs, etc.) pour produire des études qui permettront d’entretenir le doute sur la dangerosité des produits face à des velléités réglementaires.

L’industrie du tabac : la genèse du détournement de la science

Au début des années de années 50, la population s’interroge sur les effets du tabac sur la santé. Pour les industriels du tabac, il va être difficile d’esquiver ce coup : leur produit donne le cancer.
En décembre 1953, les dirigeants des principaux fabricants de tabac américains se rassemblent en secret à New York afin de se mettre d’accord, tel un cartel, pour cacher la vérité sur la cigarette à leurs clients et au public.
Ils confient leur destin à John Hill, un ancien journaliste qui a fondé en 1927 un cabinet de relations publiques. Pour la première fois, un communicant formalisait cette idée géniale : on pouvait transformer la science, la mettre à sa main en lui imposant son agenda, faire du plus bel instrument de conquête de la vérité le supplétif du marketing et des relations publiques. John Hill est le premier industriel de la manufacture du doute, le premier fossoyeur de la science à grande échelle. Son plan de contre-attaque en 10 pages fera office de matrice, inspirant des secteurs entiers pour des décennies de tromperie, de rhétorique tordue, et d’instrumentalisation de la science.
« Ne vous opposez pas à la science car vous n’avez aucune chance de vaincre : utilisez-la. »
« Il faut un programme bien conçu et exécuté avec efficacité, et fondé sur la poursuite de la recherche et la production d’informations factuelles. »
Pour John Hill, il est important que le public reconnaisse l’existence de points de vue scientifiques soutenant qu’il n’existe pas de preuves que fumer des cigarettes provoque la cancer du poumon.
Dans un texte publié par 148 journaux, les 14 industriels du tabac s’appuie sur le fait que des docteurs et des chercheurs scientifiques éminents soulignent que :

  1. La recherche médicale des années récentes indique de nombreuses causes possibles pour le cancer du poumon
  2. Il n’existe pas d’accord concernant la cause parmi les personnes ayant autorité
  3. Il n’existe pas de preuve que fumer des cigarettes serait l’une des causes de ce cancer
  4. Les statistiques montrant un lien entre fumer des cigarettes et la maladie pourraient s’appliquer tout aussi bien à n’importe quel autre aspect de la vie moderne.

La science n’est plus seulement un instrument de description du monde naturel, elle devient aussi un instrument de communication, destiné à produire des données mais aussi des représentations du monde.

Les conséquences de cette méthodologie d’influence : le tabac a fait 100 millions de victimes au cours du XXe siècle.

Les 4 points précédents seront déclinés et recyclés au fil des décennies pour disculper une multitude d’autres produits, il est important de les retenir :

  1. La multicausalité : les maladies ont souvent plusieurs causes, mais surtout pas le produit dont il est question
  2. La controverse : il n’existe pas de consensus scientifique sur les effets nocifs du produit
  3. La preuve : la science est réduite à une démonstration de cause à effet
  4. La corrélation : une multitude de facteurs de confusion empêchent de conclure. La vie elle-même ne rend-elle pas malade ?

En 1954, face aux interrogations, les cigarettiers assurent coopérer étroitement pour préserver la santé publique, et annoncent la création du « Tobacco Industry Research Committee » TIRC, rebaptisé quelques années plus tard en « Counsil for Tobacco Research » CTR. Tout l’enjeu était de chercher de manière à ne rien trouver, pour ensuite prétendre qu’en dépit de tant de millions dépensés aucune preuve de la nocivité du tabac n’avait jamais pu être mise au jour. Les projets n’étaient pas évalués par le conseil TIRC/CTR en fonction de leur intérêt scientifique, mais en fonction de ce qu’ils pouvaient apporter à la narration désirée par les communicants.
Dans les causes de cancers du poumon, le tabac n’est pas complètement évacué — il faut garder les apparences d’une certaine forme de neutralité –, mais il est noyé dans un empilement de causalités alternatives multipliées à l’envi.
Le financement de la recherche sur le cancer, par les industriels de la cigarette, répondait à trois objectifs :

  1. La distraction, par le financement de toutes sortes de travaux investiguant les causes de cancer sans lien avec la cigarette.
  2. Montrer à l’opinion et aux responsables politiques que les marchands de tabac se souciaient de la santé publique.
  3. S’attirer les bonnes grâces des chercheurs financés, dont l’industrie attendait d’eux qu’ils s’expriment favorablement dans les médias à propos de la cigarettes et qu’ils acceptent de témoigner en faveur de l’industrie en cas en procès. Dan le langage des lobbyistes, on appelle ça « constituer une écurie d’experts ».

300 millions $ ont été dépensés par le TIRC/CTR en 1954 et 1998, date de son démantèlement, tout cela pour financer des travaux de recherche infructueux. Les 6400 articles scientifiques commandités par le TIRC/CTR ne sont pas parvenus à montrer en 40 ans un lien de causalité entre la cigarette et le cancer du poumon. Tout ceci a permis la construction d’une controverse scientifique, basée sur un doute manigancé.

Science académique et science réglementaire

Science académique

Quel que soit l’objet d’une recherche, le scénario de base est, en gros, toujours le même. 

  1. Des scientifiques se posent une question et élaborent une hypothèse de travail. Ils établissent un protocole et conduisent un travail de recherche qui suit ce dernier. Ils observent et réunissent les données produites, puis les analysent et les interprètes.
  2. Ils rédigent un article qui articule données, analyse et conclusion, puis soumettent leurs manuscrits au comité éditorial d’une revue scientifique pour publication–le choix de la revue se faisant en fonction du sujet et de l’importance des résultats.
  3. Le comité de lecture de la revue, constitué de scientifiques bénévoles, compétents dans leur domaine, désigne en son sein des recteurs, deux le plus souvent, pour évaluer la qualité du travail : c’est ce qu’on appelle l’évaluation par les pairs (peer review), dont le principe existe plus ou moins depuis le XVIIe siècle.
  4. Ce comité mandate un éditeur (également chercheur du domaine en question) qui gère le processus. Il examine rapidement le manuscrit. Soit il le juge sans intérêt et le rejette sans autre forme de procès. Soit il l’estime a priori digne d’une publication et le transmet à plusieurs referees.
  5. Les referees auscultent le papier et conseillent le rejet, la publication inconditionnelle ou la publication après corrections et/ou amendements. On ignore généralement qui sont les fameux referees, les revues leur garantissant l’anonymat. La décision de publier ou de rejeter le texte revient à l’éditeur (qui est techniquement, d’une certaines manière, coauteur de l’étude même s’il ne l’a pas menée et ne la signe pas).
  6. Les auteurs de l’étude répondent aux remarques et suggestions de ces pairs et font les modifications nécessaires. L’article est publié par la revue. Il fait désormais partie de la « littérature scientifique ».
  7. L’article vit ensuite sa vie d’article scientifique. Soumis au regard des autres scientifiques, il est l’objet d’examens supplémentaires. Les uns vont le critiquer, vérifier ou compléter ses données par des lettres adressées à la revue ou des articles publiés dans d’autres. D’autres vont tenter de confirmer les résultats en refaisant la même étude. La reproductibilité d’une expérience est l’un des grands principes de la science. Si ses scientifiques obtiennent un résultat donné, d’autres doivent pouvoir parvenir au même résultat s’ils emploient un protocole identique.
    Ce constant processus de consolidation du savoir par la confirmation ou la validation nécessite donc une mise à disposition transparente et exhaustive des protocoles, méthodologies et données utilisées pour permettre à la communauté scientifique de prolonger le travail.
    Au cours de sa vie, l’article peut également être incorporé dans des revues systématiques ou des méta analyses qui combinent les données et les résultats de plusieurs études afin d’en tirer des conclusions encore plus solides. Autre possibilité : il peut être pris en compte dans le rapport d’un panel d’experts réuni par une agence officielle. Voilà comment vogue la routine scientifique, bercée entre transparence et critique constructive.

Il serait cependant naïf de croire ces règles suffisantes pour garantir l’intégrité du processus de production du savoir.

La science réglementaire, une science privée et secrète

Ce panorama de la production scientifique est largement incomplet. Une autre forme de science est, elle, laissée de façon quasi exclusive aux mains des industriels. Produite dans le cadre d’échanges avec les autorités régulatrices, on la distingue de la science académique qui vient d’être décrite en l’appelant « science réglementaire ». Globalement, il s’agit d’études que doivent fournir les industriels par des circuits officiels afin d’obtenir l’autorisation de mise sur le marché (AMM) ou l’homologation de leurs produits, le renouvellement de ces dernières, ou pour répondre à des demandes précises des autorités.

Dans le cas des médicaments et des produits de santé, ces études prennent la forme d’essais cliniques qui doivent démontrer efficacité et absence d’effets secondaires notables sur les patients. Ils sont menés en plusieurs phases par les laboratoires pharmaceutiques, en général en externe, en collaboration avec des médecins exerçant en milieu hospitalier et des organisme de recherche sous contrat, les « CRO » (contract research organisations). Les données de ces essais constituent la majeure partie des dossiers d’autorisation de mise sur le marché adressés par les fabricants aux agences chargées de l’évaluation des produits pharmaceutiques. Soit, en Europe l’Agence européenne du médicament (EMA) et les agences nationales dans chaque État membre de l’Union Européenne. Aux États-Unis la Food and Drug Administration (FDA), l’agence fédérale des produits alimentaires et des médicaments.
Même chose pour les pesticides et la plupart des substances chimiques : les autorités réclament aux industriels des études démontrant une absence de risques en cas d’exposition pour les travailleurs, les populations ou l’environnement. Ces études et données techniques sont fournies dans les dossiers de demande d’homologation ou lors du réexamen de produits déjà sur le marché (si un cas d’alerte survient, sur de possibles effets nocifs du produit ou bien dans le cadre d’une demande de renouvellement de licence d’homologation).

La science réglementaire et les « bonnes pratiques de laboratoire »

Dans l’Union Européenne, la loi prévoit que les fabricants de pesticides doivent solliciter la reconduction de l’autorisation de chaque ingrédient actif tous les quinze ans. En Europe, les autorités habilitées sont l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA), parfois des comités scientifiques spécialisés.
Pour ce faire, les fabricants doivent mener des expériences in vitro sur des cellules, in vivo sur des animaux de laboratoires, et parfois in silico à l’aide de modèles informatiques. Toute une batterie de tests permet d’établir si une substance est irritante pour la peau, ou les yeux, à quelle dose se situe sa toxicité aigüe ou chronique si elle est cancérigène, toxique pour les organes reproducteurs, nocive pour les foetus, etc… Le tout en fonction des exigence légales en vigueur. Réalisées en interne par les firmes, ou confiées en externe à des laboratoires dûment habilités, ces études ont toujours les industriels comme donneurs d’ordre et sources de financement. Chacune doit cependant respecter des standards très précis : des lignes directrices fixées au plan international par l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) et rassemblées sous l’appellation de « bonnes pratiques de laboratoire » (Good Laboratory Pratices, GLP). Ces GLP sont des lignes directrices qui doivent garantir un certain niveau de qualité, de rigueur et de reproductibilité.

Si les « bonnes pratiques de laboratoire » ont été mises en place au niveau mondial, c’est par nécessité, au début des années 1980, afin de mettre un terme à de très mauvaises pratiques. En avril 1976, aux États-Unis, des inspecteurs de la FDA qui relève plus du superministère que de l’agence au sens français du terme, avaient en effet découvert un système frauduleux d’une ampleur inouïe. De nombreuses firmes sous-traitent leurs tests de toxicité au prestataire extérieur qui avaient alors la meilleur réputation. Mais une grande partie des observations était purement et simplement inventée. Des centaines de produits chimiques, une série de PCB de Monsanto, redoutablement toxiques, et pas moins de 200 pesticides avaient été homologués aux États-Unis et au Canada sur la base des tests effectués, ou plutôt non effectués. D’après la revue Science, qui a suivi l’affaire de près à l’époque, sur 1205 études clés dans le processus d’homologation initiale de ces produits, seules 214 étaient valables et 737 étaient invalides.
Le procès n’a pas pu déterminer dans quelle mesures les firmes avaient eu connaissance et conscience des agissements des sous-traitants.Suite à ce scandale, des règles très strictes ont été fixées par les pays riches de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) afin de restaurer la confiance et d’éviter que ce genre de choses se reproduisent. Les « bonnes pratiques de laboratoire » seront effectives à partir de 1981.

La science réglementaire fonctionne par dérogation

Selon l’OCDE, « Une des notions de base de cette législation, est que les évaluations des produits chimiques doivent s’appuyer sur des données d’essai de sécurité d’une qualité, d’une rigueur, et d’une reproductibilité suffisantes ».
Pour l’OCDE, la garantie de qualité des études conformes aux bonnes pratiques de laboratoire passent essentiellement par le principe fondamental de reproductibilité des résultats. Sauf que c’est un paradoxe. Le principe de reproductibilité repose sur la publication de la méthodologie, du protocole, des données complètes de l’étude.
Or les données des études des industriels ont beau porter le tampon « conformes aux bonnes pratiques de laboratoire », elles ne sont accessibles ni au public ni à la communauté scientifique : elles sont protégées par le secret commercial. À l’exception des experts des agences sanitaires, et environnementales à qui elles sont destinées, personne ne peut se plonger dans l’ensemble des données.
Par ailleurs, étant donné les moyens qu’ils requièrent, les tests suivants les bonnes pratiques de laboratoire coûtent très cher. Compter un million d’euros minimum par test. La facture pour une étude multigénérationnelle sur les propriétés cancérigènes d’une seule substance comme le bisphénol A, un composant de certains plastiques, peut atteindre 25 millions d’euros.
La facture peut donc grimper très vite, hors de portée des bourses des chercheurs universitaires. En d’autres termes, personne n’est en mesure de reproduire de manière indépendante les études suivants les bonnes pratiques de laboratoire commanditées par les industriels.
À cette impossibilité s’ajoute l’inexistence d’un autre principe scientifique fondamental : l’évaluation par les pairs. Si bien qu’aucune vérification extérieure n’est jamais véritablement effectuée.
La raison d’être de ces études et dossiers fournis aux autorités est de décrocher l’homologation d’un produit, de démontrer son innocuité de le maintenir sur le marché, de le défendre contre des accusations d’effets nocifs auprès des agences et, parfois, dans un tribunal.

En d’autres termes, que ce soit pour le glyphosate, les pesticides, les plastifiants ou les ingrédients cosmétiques :

  • Le jugement des autorités à travers le monde repose sur des données qui sont non seulement sélectionnées et fournies par les industriels, mais aussi secrètes.
  • Les études de toxicité qui nourrissent les demandent d’autorisation ou de renouvellement de mise sur le marché des produits ne sont accessibles qu’aux agences et à leurs experts, et jamais rendues publiques au nom du secret commercial. Impossible de respecter le principe scientifique fondamental de la reproductibilité. Aucun chercheur académique ne peut reprendre leurs protocoles et vérifier s’il parvient au même résultat.
  • Et si certaines industriels mettent leurs données à la disposition des agences, ces dernières n’ont ni la capacité techniques ni les moyens financiers de mener elles-mêmes des études ; que ce soit pour répliquer les test des fabricants ou pour mener des recherches originales. Elles se contentent en fait d’examiner les résultats consignés dans les dossiers.
  • Personne ne peut jamais être sûr que les données ont été livrées dans leur intégralité. Aucun moyen de savoir en effet si des études débouchant sur des résultats négatifs ont été mises de côté par les firmes.

Produire des données dans le but d’obtenir une homologation, est-ce vraiment de la science ? Réaliser une étude dont l’issue est déterminée à l’avance, est-ce toujours de la science ? Sponsoriser un article scientifique dénigrant des chercheurs qui menacent son buisness, est-ce vraiment de la science ?

Une fois qu’un produit s’est retrouvé sur le marché alors qu’il n’aurait pas dû, comment le maintenir en place malgré les alertes ?

La contre-attaque pour maintenir le détournement du savoir

La contre-attaque des industriels face à une menace suit peu ou prou, toujours le même script :

Dans un premier temps, des scientifiques travaillant en milieu universitaire, sur fonds publics et indépendamment de l’industrie, publient des travaux qui mettent en évidence les effets nocifs d’un produit sur des travailleurs, une communauté, la population générale, la faune sauvage, l’air, un cours d’eau. Plus rarement, l’alerte provient de panel d’experts qui, réunis par une agence publique ou une organisation internationale, passent en revue l’ensemble des études disponibles sur un produit et constate qu’elle convergent vers la même conclusion : des effets nocifs.

Deuxième temps. Anticipant une réaction des autorités, les industriels organisent l’exonération de leurs produits. Directement ou par le biais de structure types « comités de recherche », ils commanditent étude et critiques qui minimisent les travaux de recherche ayant conclu à la possibilité d’effet nocif, les contredisent, les disqualifient et, parfois même, en dénigrent les auteurs. La réalisation peut être confiée à des scientifiques–consultant employés par des cabinets de lobbying spécialisés, à des scientifiques travaillant en milieu universitaire, à un mélange de scientifiques maison des firmes et d’universitaires : diverses combinaisons sont pratiquées.
Leurs productions sont ensuite publiées sous la forme d’articles scientifiques en bonne et due forme dans des revues savantes, solides et garantie de crédibilité. Ce brouhaha artificiel autour de la nocivité du produit donne l’impression que les scientifiques ne sont pas d’accord entre eux. La fabrique de la controverse fonctionne. Les décideurs publics retardent leurs actions.

Afin de retarder le moment où les pouvoirs publics envisagent concrètement de prendre des mesures à l’encontre d’un produit les industriels doivent donc s’assurer que ce sont prioritairement leurs informations qui parviennent aux responsables publics et leurs études qui irriguent les processus de décision.
Conditions essentielles : des relations fluide entre industriels et communautés scientifiques, ainsi qu’entre industriels et décideurs. C’est pourquoi l’organisation d’une proximité, professionnelle, intellectuelle et humaine fait partie des éléments tactique essentiels à la réussite de l’opération. C’est aussi pourquoi il est nécessaire d’avoir une connaissance parfaite du monde scientifique et la maîtrise de ses règles.
La science est un processus de production du savoir et de construction de la connaissance. Un processus bordé, normé, qui s’est bâti autour des idées d’auto régulation et de contrôle collectif.

Voyons en détails les techniques et méthodes employées pour que la science ploie de son côté.

Méthodologie de destruction de la science

Le site Truth Tobacco Industry Documents a été créé en 2002 suite aux procès des grands cigarettiers dans les années 90. Il archive et donne un accès permanent aux 14 millions de documents internes créés par les compagnies de tabac sur leur publicité, fabrication, marketing, recherche scientifique et activités politiques.
Pendant 50 ans, les cigarettiers ont fondé divers instituts et conseils avec des noms très sérieux comme le TCR « Counsil for Tobbacco Research » ou TIRC « Tobacco Industry Research Committee ». Ils ont mené de nombreuses recherches qui ont coûté des milliards. Ces investissements dans la recherche scientifique leur donne du crédit et de la responsabilité auprès de l’opinion publique.
Mais aucune des 6400 études supervisées ou commanditées par les cigarettiers pendant 50 ans via leur instituts n’est parvenue à démontrer que fumer provoquait le cancer.
Comment fait-on pour ne rien trouver même avec des sommes colossales investies ? En utilisant des moyens de diversion qui permettent de modifier l’équilibre au sein de la littérature savante pour qu’elle penche dans le sens de leur intérêt. Ou plutôt corriger le déséquilibre qui crée le poids des preuves accumulées dans des études pointant majoritairement des effets nocifs.
C’est ce que l’on appelle de la « recherche diversion », qui peut se décliner de deux façons : la recherche leurre et la recherche obstruction.

La recherche leurre

La recherche leurre consiste à détourner l’attention du problème (soit les effets nocifs du produit mis en cause).

  1. S’intéresser volontairement aux mauvaises causes. Poser des questions volontairement à côté de la plaque. Il suffit de financer une étude sur le problème MAIS en se focalisant sur des coupables qui ne sont pas prioritaires à priori. Ex1 : étudier l’hérédité, les infections, la nutrition, les hormones pour trouver un lien avec le cancer du poumon. Ex2 : étudier la qualité de l’air intérieur pour disculper la tabagisme passif. Cette technique permet de recruter des chercheurs indépendants sans leur dévoiler le but ultime du projet (dédouaner une substance/un produit). Pas besoin d’obtenir leur adhésion s’ils ignorent la raison cachée de l’étude.
  2. La désignation d’un coupable alternatif : Ex1 : dans les années 60, un débat a lieu sur les facteurs des maladies cardiovasculaires. Sucres ajoutés VS gras. Aujourd’hui, il est prouvé que le lobby du sucre a réussi à faire porter l’entière responsabilité de l’augmentation des maladies cardiovasculaires au gras. La campagne a été si bien menée que le message dominera le champ de la nutrition humaine pendant 4 décennies.

La recherche obstruction

La recherche obstruction se résume en des travaux de démolition. Il s’agit d’obstruer la progression d’un savoir inconfortable qui émane de résultats critique sur un produit donné. Deux options s’offrent au secteur importuné. Le contrer avec de nouvelles données. Ou attaquer frontalement les études qui dérangent. Aussi déconcertant que cela puisse paraître, il est possible de parvenir à des résultats favorables en rebattant un assortiment de données négatives. Ça consiste à réanalyser d’anciennes études et à en commanditer des nouvelles qui « fourniraient de meilleurs résultats ». Ça permet de façonner des conclusions inverses ou différentes à partir d’une matière identique.
Il est assez facile de réfuter les résultats d’une ou plusieurs études identifiant une association entre une substance et la survenue d’une maladie sur la population humaine. Ce sont des astuces de prestidigitation statistique qu’un épidémiologiste sait faire. Il faut torturer les données jusqu’à ce qu’elles montrent ce que vous voulez. Vous pouvez changer les estimations et les postulats concernant la mesure des expositions, ou redistribuer les sujets de l’étude dans d’autres groupes ayant été exposés différemment ou encore changer la population de comparaison.

Dans la recherche obstruction, on trouve l’utilisation de biais de méthodes, de « publications-missiles », ainsi que de la calomnie.

3 familles de biais dans les études scientifiques. Ces biais sont enseignés aux apprentis épidémiologistes, pour ne pas commettre d’erreurs et éviter les écueils. Mais il est possible de les utiliser pour façonner la science. Ils sont utilisés dans les réanalyses et les revues de synthèses pour disqualifier les études accusatrices et minimiser des dégâts sur la santé ou l’environnement.

1er biais – Pour arriver à ses fins, on peut utiliser le « biais de sélection ».
En trifouillant dans les paramètres des échantillons d’ouvriers exposés au chrome hexavalent, au chlorure de vinyle ou un agriculteur exposé à un pesticide, les consultants et universitaires commandités par les industriels peuvent ainsi faire disparaître des taux de maladie et de mortalité élevés :

  • Réduire la taille du groupe de personnes examiné réduit les chances de tomber sur des malades.
  • Limiter la durée de l’étude réduit la possibilité de voir surgir des maladies qui apparaissent parfois longtemps après une exposition (comme les cancers) et donc de les comptabiliser.

2e biais – le biais d’information. Aussi appelé biais de mesure ou biais de classement, est une erreur systématique dans la mesure des variables. Il se produit lorsque les outils utilisés pour collecter les données sont inexacts, ou lorsque les chercheurs font des erreurs en amassant les données, ou les participants en fournissant les données
3e biais – le biais de confusion. Quand 2 facteurs, éléments, conditions, etc. sont simultanément présents, on peut contester la responsabilité de l’un dans une maladie puisque l’autre est là aussi. Si les travailleurs d’une usine ont été exposés à 2 substances chimiques, peut-on affirmer que c’est celle-ci et non pas celle-là qui est l’origine de leurs cancers ?
Si les ouvriers fument, peut-on être sûr que c’est bien l’amiante qui leur a donné une maladie des poumons et pas la cigarette ?

Un biais bonus – Pour les études portant sur les travailleurs, le « healthy worker effect » : pour travailler, il faut être en capacité de le faire, il y a donc plus de gens en bonne santé parmi la population active que dans la population générale qui comprend, elle, personnes handicapés ou gravement malades. Cet effet est bien plus présent dans des pays où la santé n’est pas remboursé comme aux États-Unis, où les citoyens se retrouvent parfois dans des cercles vicieux de dépérissement. Les pauvres se retrouvent parfois à devoir vendre leur sang pour survivre, car le don y est rémunéré. Ces pauvres ont des travails précaires, ou pas de travail du tout, à cause de leurs conditions physiques. Les dons de sang les affaiblissent considérablement, ce qui provoque des maladies et les empêchent définitivement de retrouver un rythme de vie normal.

Les publications-missiles.
Elles prennent pour cible :

  • les données elles-mêmes (jugées erronées, incomplètes, non pertinentes, etc.)
  • les scientifiques qui les ont produites
  • les organisations qui se sont appuyés sur elles pour conclure de façon négative sur un produit. Parfois ce sont des opérations de démolitions commanditées par des avocats pour tailler en pièces des travaux scientifiques gênants. Parfois cela consiste à rédiger un manuscrit pour le publier dans une revue à comité de lecture, afin de passer en revue pour les critiquer toutes les études épidémiologiques pertinentes. Le scénario est simple : à chaque étude alarmante sa contestation sponsorisée.

La calomnie des scientifiques dans la guérilla éditoriale
Le risque de se retrouver dans la ligne de mire d’intérêts économiques contrariés est devenu tellement banal qu’il existe des guides pratiques qui expliquent aux jeunes professionnels comment se protéger et se défendre face à ce type d’attaques. Des chercheurs expérimentés organisent également des séances de coaching pour préparer les plus jeunes à affronter l’agression des firmes sans que cela ne nuise à leur carrières. Car il existe un moyen simple de s’en prendre à une publication gênante. Suite à un article incommodant publié dans une revue, un détracteur peut émettre un « commentaire technique », un bref article dont l’objet est de contester les résultats publiées, pour détailler les limitations, incertitudes et interprétations opposées concernant par exemple une exposition au produit chimique incriminé.
Tout laisse à penser au premier abord à une dispute académique, mais c’est une stratégie dans l’obstruction de la recherche. Malgré la brièveté de ses textes, les commentaires contiennent en général l’essentiel du déni :

  • « échoue » ;
  • « biais de sélection » ;
  • « associations non significatives » ;
  • « autres facteurs de risque » ;
  • « non recevable » ;

La règle impose à l’éditeur d’offrir à l’auteur de l’article critiqué la possibilité d’y répondre dans le même format court. Mais cela consomme un temps précieux. Dans ce retournement de la science contre elle-même, empêcher les scientifiques de travailler en leur prenant du temps figure parmi les objectifs de ce harcèlement.
Mais de toute manière une étude ayant eu à subir un ou plusieurs « commentaires » de cette sorte est généralement réputée controversée, et au final considérée par les autres chercheurs et les autorités avec scepticisme. L’expression du moindre dissensus dans la communauté scientifique est un formidable frein à l’action politique.

« Ni la contradiction n’est preuve de fausseté, ni l’incontradiction n’est preuve de vérité »


Blaise Pascal

La recherche-leurre et la recherche-obstruction sont utilisées consciemment et à dessein. Mais même sans cela, il est possible d’influencer légalement un résultat de recherche et permettre de maintenir sur le marché un produit dangereux. Les lignes directrices de l’OCDE (good laboratory pratices) ne garantissent pas qu’une substance n’est pas toxique. Elles représentant une forme d’assurance qualité, mais laissent cependant suffisamment de marge de manoeuvre pour que l’influence des firmes s’exerce sur les études et leurs résultats, notamment à travers un biais « passif », le biais de financement (funding effect).
Ce sont des chaînes de décision subtiles et entièrement légales qui constituent cette influence.

Le funding effect

Le funding effect désigne le fait que les résultats des recherches ont tendance à être plus favorables au financeur direct ou indirect. Et ce, même sans intention préméditée, que ce soit de la part du financeur ou du chercheur. Il ne s’agit pas d’un biais unique à proprement parler mais d’un ensemble de biais dont les contours ne sont pas bien identifiés.
Cette flexibilité qui favorise les résultats recherchés peut se loger dans 6 espaces :

  • La question choisie au départ
  • La conception du protocole : cette étape comprend notamment la sélection de l’animal de laboratoire qui sera utilisé. Il existe des différences de sensibilité notables entre espèces de rongeurs, mais aussi entre souches. Certains rats sont peu réceptifs à certains oestrogènes. Rien dans les « BPL » ne l’interdisait. À plusieurs reprises, des industriels du plastiques ont présentés des résultats de tests qui exonéraient le bisphénol A grâce à une espèce particulière de rat.
  • L’éventail des données collectées au cours de l’étude : on peut négliger, omettre ou « rater » des effets constatés à certaines doses.
  • L’analyse des données avec les méthodes statistiques utilisées : on peut choisir les outils les plus adéquats pour répondre aux questions posées, tout comme on peut choisir les outils les plus adéquats pour ne pas répondre aux questions posées, répondre à côté, ou calibrer sa réponse en fonction de ses besoins.
  • Leur interprétation
  • Leur restitution publique dans une publication

La réalité du funding effect a été montrée dans plusieurs secteurs :

  • Selon la collaboration Cochrane — une organisation internationale non lucrative qui applique les plus hauts standards méthodologiques et éthiques sur la recherche biomédicale — dans le domaine du médicament, des essais cliniques financés par l’industrie sont 4 fois plus susceptibles d’être favorables au médicament testé que dans ceux menés avec des financements indépendants.
  • Le tabac : « les articles signés par des auteurs liés aux cigarettiers ont près de 90% de chances de conclure à l’absence d’effets négatifs. »
  • Le bisphénol A : « aucune étude financée par l’industrie n’a signalé d’effets significatifs de faibles doses de BPA, bien que plus de 90% des études financées par le gouvernement aient signalé des effets significatifs. »
  • Alachor, atrazine, formaldéhyde, perchloroéthylène : Sur 43 études scientifiques sur l’un des quatre produits chimiques, 74% ont donné des résultats favorables aux produits chimiques impliqués lorsque les sociétés chimiques ont payé, 11% ambivalents et 14% étaient défavorables. À l’inverse, lorsque des organisations indépendantes non industrielles (agences gouvernementales, universités ou organisations médicales caritatives) ont payé, seules 23% de 118 études (sur les quatre même produits chimiques) ont donné des résultats favorables aux produits chimiques concernés , 20% étaient ambivalents et 60% étaient défavorables.
  • L’atrazine spécifiquement : absence d’effets nocifs pour 9 sur 11 (82%) des études sponsorisées par l’industrie, contre 12 sur 24 (50%) des études non sponsorisées
  • Les boissons sucrées : 5 fois moins de chances de rapporter une association entre consommation et prise de poids/obésité pour les études sans conflit d’intérêt

EN RÉSUMÉ : les études sponsorisés ont 4 à 8 (90 pour le tabac) fois plus de chances de déboucher sur des conclusions favorables au financeur par rapport à celles réalisées grâce à des fonds provenant de sources non commerciales.

ATTENTION : Cet effet ne veut pas forcément dire que l’industriel avait l’intention de biaiser le résultat et que les scientifiques qui menaient l’étude l’accompagnaient délibérément dans son projet. Des chercheurs de haute volée ont accepté leurs financements en toute candeur et publié des articles de grande intérêt scientifiques sans avoir la moindre idée du dessein qu’ils servaient.
Afin de pouvoir mettre en évidence une intention d’orienter un résultat, il faudrait disposer des 3 éléments :
– Le projet avant qu’il ne commence
– L’étude avant qu’elle ne soit publiée
– L’étude après publication

Comment évaluer l’impact d’un sponsor sur un résultat de recherche ? 5 questions à se poser

  1. Les résultats de l’étude représentent-ils un enjeu financier significatif pour les sponsors , les institutions, ou les chercheurs ?
  2. Le fait de mener une recherche objective et fiable coïncide t-il avec les intérêts financiers des sponsors, des institutions ou des chercheurs ?
  3. Les sponsors, les institutions et les chercheurs ont-il par le passé biaisé leur recherche dans le but de promouvoir des objectifs financiers ?
  4. Dans quelle mesure est-il possible de manipuler le travail de recherche pour atteindre des objectifs financiers ?
  5. Des mécanismes de supervision ont-ils été mis en place pour minimiser la possibilité de manipulation des résultats de recherche ?

Le sciencewashing et les failles des revues

La constitution d’un socle d’études dans les revues savantes forme un élément essentiel de la stratégie de défense d’un produit. Elle permet aux industriels qui le commercialisent de donner une crédibilité scientifique à leur argumentaire. La publication dans la littérature des articles qu’ils sponsorisent se trouve au coeur de ce dispositif. Transformer ce matériau de lobbying en science labellisée, lui appliquer cette couche de vernis de la respectabilité académique, le rendre légitime aux yeux des décideurs et de la communauté scientifique qui ne connaît pas précisément le sujet.
Diffuser sa propagande en se parant des habits de la science. On pourrait appeler « sciencewashing » le processus qui consiste à métamorphoser un matériau de lobbying à fonction commerciale en article scientifique.
Pourquoi les revues acceptent-elles de publier ces articles dans leurs pages ? Comment arrivent-ils à passer entre les filtres de l’évaluation par les pairs et abuser les exigences des normes scientifiques ?

Constitution d’un article scientifique

Un article scientifique se présente toujours sous la même forme. Il comporte :

  • La liste de ses auteurs avec pour chacun leur organisation de rattachement. L’ordre des noms correspond à des règles et une hiérarchie précise. En premier : ceux qui ont le plus contribué à la réalisation de l’étude et à la rédaction du « papier ». Son initiateur arrive en dernier. Ceux dont l’implication est plus limitée sont salués à la toute fin dans une rubrique spéciale « Remerciements (acknowledgments). Les auteurs peuvent être nombreux, si bien qu’au-délà de trois, l’article ne sera ensuite, le plus souvent, cité qu’avec le nom du premier, suivi de la location latine « et al. » (et alii – et autres). Vient ensuite le titre. Souvent très précis, et donc alambiqués aux yeux des néophytes, quand il s’agit d’articles de recherche. 
  • Figurent ensuite 3 dates : date de réception du manuscrit, date d’acceptation (après relecture par des pairs et corrections) et date de publication en ligne (soit : date à laquelle l’article a été mis à disposition de tous sur le site de la revue avant même que d’être imprimé). 
  • Vient ensuite le résumé, même en français, on parle d’abstract car la science n’existe pratiquement qu’en anglais. L’abstract présente l’étude et ses conclusions en 200 à 250 mots maximum, suivi d’une liste de mots-clés. L’abstract est toujours accessible sur le site de la revue elle-même, ou dans des bases d’archives en ligne et leurs moteurs de recherches spécialisés (Google scholar, PubMed, Scopus et Web of Science). Mais pour en savoir plus, il faut payer.

Bien souvent, la lecture d’un article s’arrête là, car le contenu en soi est inintelligible pour qui ne possède pas un petit bagage scientifique. Un article se découpe comme suit : introduction, mreatériel et méthode, résultats, discussion, conclusion. En pied de l’article arrivent deux rubriques de grande importance pour notre questionnement. Une déclaration d’intérêts (declaration of interest ou disclosure), où les auteurs doivent signaler les éventuelles sources de financements privés de l’étude ainsi que leurs liens avec des acteurs économiques. Dans les « remerciements » figurent non seulement les personnes ou organismes qui ont contribué de manière plus lointaine aux travaux, mais aussi parfois des bourses et subventions, publiques ou pas. Enfin, l’article se clôt par une liste plus ou moins longues de références bibliographiques : on cite toujours avec précision le savoir sur lequel on s’est appuyé pour accomplir son travail et construire sa pensée.

Comment décoder les publications scientifiques ?
Je vous renvoie à un guide humoristique (ou pas ?) de traduction des publications scientifiques dont voici quelques extraits :

ON SAIT DEPUIS UN CERTAIN TEMPS.
L’auteur veut dire : Je n’ai pas pris la peine de regarder la référence d’origine.

HAUTE PURETÉ, TRES HAUTE PURETÉ, PURETÉ EXTRÊMEMENT ÉLEVÉE, ULTRAPUR, SPECTROSCOPIQUEMENT PUR. Composition inconnue, mises à part les prétentions exagérées du fournisseur.

PROBABLEMENT POUR DES PERIODES PLUS LONGUES.
Je n’ai pas eu la patience de vérifier.

3 ÉCHANTILLONS FURENT CHOISIS POUR UNE ÉTUDE EXHAUSTIVE
Les résultats obtenus à partir des autres échantillons n’ont rien donné de cohérent

Le ghostwriting

Rédiger un article scientifique mais disparaître de la liste de ses auteurs, ça s’appelle du ghostwriting. Alors que les employés d’une firme rédigent textes, études ou articles, ce sont des scientifiques sans lien de subordination qui les adossent avec leur signature, apportant à la publication le prestige de leur nom et la réputation de leur université ou de leur institution. En général, ces scientifiques sont des key opinion leaders dont la notoriété et le réseau professionnel permettent d’influencer l’opinion du plus grand nombre. Ce blanchiment de messages de l’industrie fait l’objet d’une rémunération. On appelle ainsi ghostwriters les employés des firmes dont les noms n’apparaissent pas dans la liste des auteurs.
Selon les règles de l’International Commitee of Medical journal Editors (Comité International des éditeurs de revues médicales), pour signer un article un auteur doit remplir 4 conditions cumulatives :

  1. Contributions substantielles à l’élaboration et à la conception du travail ; ou à la collecte, l’analyse et l’interprétation des données ;
  2. Rédaction du travail ou révision significative en termes de contenu intellectuel
  3. Validation finale de la version à publier
  4. Accord pou rendre des comptes de tous les aspects du travail en s’assurant que les questions liées à l’exactitude de l’intégrité de toute partie du travail sont investiguées et réglées de manière appropriée.

Ceux qui ne peuvent pas cocher ces 4 cases doivent en principe être rétrogradés dans le remerciements ou disparaître tout court. Du moins en principe… Car rien n’empêche les firmes et les cabinets de consultants d’organiser une apparence de respect des règles en faisant faire un peu de chaque tâche à tous les prêtes-noms. Et puis qui est véritablement en mesure de vérifier ?

Le coût exorbitant de l’accès à l’information savante

L’accès à l’information savante des revues est hors de prix.
Pour en savoir plus que l’Abstract, il faut payer. Notamment pour avoir accès à la « déclaration d’intérêts », et aux « remerciements » où figurent les informations importantes que sont sources de financement, mentions de collaborations avec les industriels et contributions extérieures. Autrement dit, pour savoir qui a financé un article, il faut franchir un paywall. Si certains articles savants sont consultables en libre accès, beaucoup sont payants.

  • Consultation sans abonnement du texte intégral d’un seul article pour un accès en ligne de 24h : environ 20€. Inaccessible donc, pour le public, les ONG, les associations de consommateurs, les élus ou même les journalistes.
  • Abonnement annuel : 200€ (Nature) à 340€ (British Medical Journal). (22 000€ par an pour 24 exemplaires de The Journal Of Comparative Neurology).

Le chiffre moyen de dépenses des instituts en revues scientifiques par an aurait atteint environ 10 milliards de dollars par an dans le monde.
Les prix des abonnements ont dépassé l’inflation de plus de 250% au cours des 30 dernières années, et ces frais vont directement à l’éditeur, ce qui entraîne des marges bénéficiaires incroyables, entre 36% et 37% selon le quotidien britannique «The Guardian».

Or lire une unique revue ne suffit pas, et une personne à rarement à elle seule les moyens de s’abonner aux 10 ou 20 revues touchant de près ou de loin à sa discipline et qu’elle se doit de consulter régulièrement. Les abonnés sont donc essentiellement les bibliothèques universitaires et les départements de grands organismes de recherche, dont les budgets sont grevés par l’énorme dépense que représente l’abonnement à plusieurs centaines de revues.

Le conflit d’intérêts des revues

Pour les revues scientifiques, le problème des déclarations d’intérêts absentes ou lacunaires représente très certainement l’obstacle numéro un à la transparence. Un article paru en 2016 dans le revue Research Integrity and Peer Review a estimé qu’entre 43% et 69% des articles publiés en biologie médicale n’incluaient pas de déclarations d’intérêts.
C’est la vigilance des lecteurs qui, le plus souvent, porte à la connaissance des éditeurs tel ou tel conflit d’intérêts qui n’avait pas été déclaré par les auteurs des articles. Les revues reçoivent ainsi des milliers de courriers qui les leurs signalent , mais APRÈS publication. Des rectificatifs sont parfois publiés. Mais qui lira le rectificatif s’il y en a un ? À peu près personne, et il est déjà trop tard. Le matériau d’influence a été injecté dans la machine. Peu importent les omissions, les corrections demeureront invisibles, l’impunité est quasi-garantie.

C’est bien beau d’avoir des règles de transparence, mais que faire si des auteurs ne s’y plient pas ? Quelles sanctions sont prévues ? À chaque revue sa politique. Ici celle de la revue Nature.
Dans le cas d’une suspicion de conflit d’intérêts non déclaré dans un article publié, l’affaire doit en principe se terminer par la publication d’un correctif pour informer le lecteur.
Mais il n’existe pas de police de la science ou de gendarme des revues.
Les politiques de transparence ne protègent ni ne garantissent de rien. Elles n’empêchent ni le sciencewashing ni la propagation de diffamation déguisée en science. Elles contrarient peu la publication d’articles visant à défendre des secteurs et leurs produits, y compris quand des sources industrielles de financement sont clairement affichées. L’objectif de ces règles est d’obtenir la transparence afin d’identifier de possibles biais, non de tamiser la production scientifique pour identifier les articles sponsorisés.

Déclaration du conflit d’intérêt, quels aspects ne font pas consensus ? 
Il apparaît que les informations nécessaires à l’évaluation d’un conflit d’intérêts sont toujours à peu près les mêmes. Seuls 2 aspects ne font pas tout à fait consensus.

  • Les collaborations des « parents proches » doivent être déclarées par l’expert ou l’auteur. MAIS l’étendue de la proximité est plus difficile à délimiter.
  • Le second sujet de débat concerne la durée rétrospective des éléments à déclarer. Combien de temps dure un conflit d’intérêts ? Certains estiment que seule les collaborations en cours devraient être déclarées. Une durée évidemment inadaptée puisque cette immédiateté exclurait un contrat ou un travail qui serait terminé la veille. Les revues tendent à remonter sur 3 ans et les agences sur 5, certaines d’entres elles appliquant des périodes dites de cooling off, une période tampon entre une activité et un recrutement en tant qu’expert pour le public.

Alors que l’influence des firmes repose en grande partie sur l’exploitation des failles de vigilance des revues pour mettre en oeuvre leur sciencewashing, la question de la responsabilité des revues est désormais incontournable.
Les politiques de transparence mises en place ne sont pas à la hauteur des enjeux. Les industriels, pour leur part, n’ont aucun intérêt à la transparence. Nul complotisme primaire dans cette affirmation : le monde des affaires est régi par le secret et la dissimulation est un ingrédient essentiel au succès de toute stratégie commerciale
Où s’arrête la naïveté, où commence la complicité passive ? Ne faudrait-il pas plutôt parler de complaisance pour ce qui concerne certaines revues ? Peut-être même de complicité active.
Alors que le consensus scientifique sur la dangerosité des perturbateurs endocriniens est établi, comment une revue scientifique sérieuse peut-elle publier un article de recherche intitulé « Perturbation endocrinienne : fait ou légende urbaine ? ». C’est pourtant ce qu’a fait en 2013 Toxicology Letters, qui est la revue officielle d’Eurotox, la fédération des sociétés savantes européennes de toxicologie.
Bien entendu, il n’est pas réaliste d’escompter une réplication de toutes les études financées sur fonds industriels suffisamment rapide pour empêcher l’autorisation de mise sur le marché d’un produit. Et difficile, sinon impossible, de revenir en arrière quand les produits sont déjà sur le marché et les articles injectés dans la littérature, déjà lus par les décideurs publics.

Évaluation de la recherche par les revues (facteur d’impact)

Dans les années 1970 est apparu le besoin d’un indicateur pour évaluer les carrières et allouer des ressources : « l’impact factor ». La notoriété des revues devait être un bon indicateur pour évaluer les chercheurs. Une publication dans une revue avec une bonne notoriété et vos recherches étaient considérées comme de bonne qualité. Le principe de calcul de l’IF est un rapport entre le nombre d’articles publiés pendant deux années consécutives et récentes par un périodique et le nombre de citations de ces articles par tous les journaux scientifiques l’année suivante. Ce facteur varie actuellement de 0 pour les revues non indexées à plus de 40 pour certaines revues. Quand on parle de revues prestigieuses, ce sont souvent des revues au facteur d’impact élevé. Mais d’autres peuvent également être prestigieuses avec un facteur d’impact faible.

Parmi les biais imputables à l’utilisation du facteur d’impact figurent notamment :

  • Le facteur d’impact a été créé pour comparer des revues seulement. Il ne doit pas être utilisé pour évaluer des chercheurs et donc des articles.
  • Il existe une profonde différence entre les spécialités, par exemple entre des revues traitant des maladies infectieuses (IF élevé) et des revues traitant d’orthopédie (IF faible).Le facteur d’impact ne devrait être utilisé que pour comparer des revues de la même discipline.
  • La qualité d’une citation n’est pas prise en compte ;
  • La sur-représentation des revues anglophones ;
  • Les autocitations (tout comme d’autres stratégies de citation éditoriales) ;
  • L’IF il est de plus en plus employé comme mesure de la productivité des chercheurs ;

Le facteur d’impact des revues savantes est toujours l’indicateur de référence pour évaluer la recherche.

Publish or perish – Be cited or be slighted


La mafia des éditeurs de revue, la guérilla pour le libre accès

Comme vu précédemment, l’accès à l’information savante des revues est hors de prix, ce qui pose un gros problème pour savoir qui a financé un article. Mais il y a quelques détails importants supplémentaires à savoir sur les flux d’argent dans le domaine de la recherche.

Les éditeurs des revues, ce sont dans leur majorité de grands groupes (Elsevier, Springer-Nature ou Wiley) dont le business model repose sur la gratuité du travail des auteurs qu’ils publient. Car les chercheurs ne sont rétribués que pour faire leur recherche, mais jamais pour rédiger les articles qu’ils signent. Si vous souhaitez lire une étude, contactez l’auteur, il se fera une joie de vous communiquez son papier étant donné qu’il ne touche rien des revues.
Il faut également rappeler que les comités de lecture des revues, qui permettent l’évaluation par les pairs (peer review) est constitué de scientifiques bénévoles.

Les revues touchent donc l’argent des connaissances scientifiques qu’ils publient, sans rémunérer ceux qui fabriquent ce savoir et sans rémunérer ceux qui évaluent ce savoir. Elsevier, fait figure de géant avait un chiffre d’affaire de plus de $25 milliards en 2015. Cet argent leur est très utile pour entretenir leur système. L’ironie du système d’édition scientifique c’est qu’en fin de compte, les seuls à êtres payés pour écrire sont les consultants des cabinets de défense de produits et les universitaires qui collaborant avec les firmes. Ils sont rémunérés par les industriels pour massacrer les travaux des autres ou présenter des produits nocifs sous un jour avantageux.

Aaron Swartz

Aaron Swartz, un jeune homme idéaliste, était convaincu que l’accès à la connaissance constitue le meilleur outil d’émancipation et de justice. Par conséquent, il était favorable au libre accès aux publications scientifiques dans un contexte où les grands éditeurs de revues comme Elsevier dominent l’économie de la publication scientifique, en restreignant l’accès aux études et résultats d’expérimentations. En juillet 2011, Aaron Swartz était accusé d’avoir téléchargé et mis à disposition gratuitement 4,8 millions d’articles scientifiques obtenus sur le JSTOR, une plateforme de publication universitaire payante.
En raison de la pression exercée sur lui, il se suicidera un an et demi plus tard à l’âge de 26 ans.
Entre-temps, une plateforme naissait avec la même ambition de rendre la recherche scientifique accessible : Sci-Hub.


Dans l’Union Européenne, il y a actuellement une lutte pour l’accès libre et gratuit de toutes les publications sur des recherches financées par des fonds publics. La Commission européenne nomme cela le « plan S ».
Annoncé en septembre 2018, le Plan S vise à accélérer le passage vers l’Open Access (OA). Elaboré par la cOAlition S (regroupant à ce jour 16 agences nationales de financement de la recherche). Ce plan a été construit autour de 10 règles principales parmi lesquelles l’obligation –à partir de janvier 2021– de publier tous les travaux scientifiques issus de la recherche financée par les fonds publics nationaux ou européens dans les journaux ou sur les plateformes conformes avec le principe de l’Open Access. La publication doit être en OA immédiat (sans délai d’embargo), associée à une licence ouverte qui permet à l’auteur de conserver l’intégralité de ses droits.
Elsevier s’est vu confier la surveillance de la bonne application du plan S. Ce mandat de surveillance sur l’édition scientifique suscite l’indignation parmi de nombreux chercheurs. La Commission vient d’ériger le leader mondial du marché en gardien du libre accès de la science public en Europe.

La capture du régulateur et la dissolution des politiques publiques

Le processus de dissolution des politiques publiques

On retrouve en général les éléments suivants :

•Un produit potentiellement nocif ;
•Un ou des industriels, agissant directement ou par le canal d’organisation de lobbying, s’adossant parfois à une structure qui leur appartient et qui finance des travaux de recherche, comme le comité de recherche de l’industrie du tabac (TIRC/CTR), pouvant s’appeler fondation–institut–académie–alliance–forum, etc ;
•Des scientifiques, qui se décline en 4 catégories :

  1. Ceux travaillant en milieu universitaire, indépendants de l’industrie, certains siégeant de façon ponctuelle ou régulière dans les panel d’experts d’agences sanitaires ou d’organisation internationale ;
  2. Ceux travaillant en milieu universitaire, liés à l’industrie, certains siégeant de façon ponctuelle ou régulière dans les panel d’experts d’agence sanitaire ou d’organisation internationale ;
  3. Des scientifiques « maison », employés à temps pleins comme toxicologue, pharmacologues, épidémiologiste, etc., au sein des firmes ;
  4. Des scientifiques–consultant employé par des cabinets de lobbying spécialisé en sciences ; Des études scientifiques, les une financée sur fonds publics, les autres par les industriels. Les pouvoirs publics, décideurs et régulateur : cabinet ministériel, administration, institut public de recherche ou de prévention de santé publique, agence en charge de la réglementation des produits concernés, institutions internationales ou élus.

Groupe paravents de l’industrie et confusion d’intérêts

Pour mieux se rendre compte de l’ampleur de l’usurpation, rien de tel que d’analyser le champ lexical de l’identité des lobbys : alliance, association, centre, comité, conseil, fondation, forum, institut ou encore société. Prudence est de mise si vous en rencontrez.
Ces noms sérieux permettent de brouiller les pistes, d’embrouiller l’esprit pour pouvoir produire un flux de matière scientifique crédible dans la confusion des genres la plus totale. Le but est d’instaurer une atmosphère de travail où il est naturel qu’un professeur de nutrition soit assis à côté du directeur des affaires scientifiques d’une multinationale de la confiserie qui est assis à côté du responsable de l’évaluation de la sécurité des aliments dans une agence officielle. Au fil de tout ce temps passé en réunion et rencontres, avec pauses-café et prolongements au restaurant (sans prétention), à discuter et mouliner, les idées s’imposent doucement comme des consensus.
Et alors qu’ils pensent en toute sincérité prendre part à une réflexion intellectuelle de haut niveau, les participants peaufinent et confirment les approches et méthodes que les industriels souhaitent favoriser. Rien de plus facile ensuite que des les transplanter dans le système réglementaire : un fonctionnaire qui a contribué à la réflexion sera moins susceptible d’y voir un problème et d’y faire objection. Et même bien au contraire, certains s’en feront les promoteurs dans le circuit public.

Pour exemple, en 2008, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) s’est autosaisie pour évaluer une méthode d’évaluation de la toxicité de substances qui peuvent se trouver dans la chaîne alimentaire, à l’instar des pesticides. Mais jamais l’EFSA ne s’y serait penché si l’ILSI (International Life Science Institue) n’avait pas mis au point cette méthode.
Cette méthode dite « seuil de préoccupation toxicologique » a été dénoncée par des ONG pour son incapacité à effectivement repérer tous les produits toxiques.

Participer à l’élaboration de la réglementation plutôt que la subir, c’est le rôle de la « capture du régulateur » ou « capture réglementaire »

Le régulateur incompétent

Rares sont les décideurs diplômés en biologie moléculaire ou en toxicologie. Peu sont familiers avec les principes scientifiques de base. Guère s’aventurent à lire la littérature savante, surtout en anglais. Cela ne fait pas d’eux des imbéciles, mais des proies faciles pour des influenceurs professionnels. L’industrie l’a bien compris : puisque la transmission du savoir scientifique vers les responsables publics supposent des intermédiaires, elle occupe cette place, maillon essentiel de la « capture réglementaire ».
À cela s’ajoute que, commissaires, ministres ou députés, les responsables politiques ne peuvent pas maîtriser tous leurs dossiers. Le travail est effectué dans le détails par leurs cabinets, leurs administrations, les assistants parlementaires, qui sont les véritables cibles du lobbying concernant la fabrique de la loi.

Les keys opinion leaders et l’argument d’autorité

Les lobbyistes utilisent des key opinion leaders qui utilisent l’argument d’autorité.
Certains auteurs alignent leurs titres de manière à faire office de garantie officielle.
Se prévaloir de l’éminence de ses qualifications ou de sa position pour valider un propos, cela s’appelle un argument d’autorité. Très utilisé en médecine/pharmaceutique, le stratagème permet aux lobbyistes de s’appuyer sur des « key opinion leaders », ou « influenceurs ». C’est un pilier de la stratégie marketing des laboratoires. Le key opinion leaders, c’est le grand professeur, le chef de service hospitalier, la figure d’autorité parfois médiatique qui jouit d’un certains prestige et donc de l’écoute de ses pairs. Certaines sociétés proposent parmi leurs services d’en dénicher.

On appelle « speaker’s bureau » (bureau d’orateurs) le dispositif mis en place par les firmes pharmaceutiques pour profiter d’un vivier d’influenceurs qu’ils coachent et rémunèrent pour parler à d’autres médecins de leurs nouveaux médicaments à l’occasion de réunions publiques, congrès, conférences, ou sessions de formation. Leur auditoire n’a pas conscience que cela fait partie d’une campagne promotionnelle pour un produit et ne perçoit pas ses présentations comme une page de publicité.
L’argument d’autorité marche très bien en médecine ; il est même intériorisé dans les pratiques. Quand le « key opinion leader » hospitalier, juché en haut de la « pyramide de prescription » prescrit un nouveau traitement, il est rare que le médecin généraliste ou le spécialiste qui prend la suite en ville décide d’en changer.

L’abus de réputation

Des scientifiques participent à des prises de position publiques sur des questions de chimie, de biotechnologie ou d’agroalimentaire sans être des pointures dans le domaine et souvent sans même y connaître quoi que ce soit. L’argument d’autorité repose alors uniquement sur leur titre. Les gens croiront plus ceux qui s’appellent « docteur’.
On pourrait regrouper sous l’expression générique d’abus de réputation les mises en avant de titres universitaires, d’une institution de rattachement, d’une appartenance à des comités d’experts publics ou de distinctions honorifiques et de récompenses lors d’une prise de position politique déguisée en prise de parole scientifique. « Abus », car c’est la confiance du public ou du destinataire principal qui est trompée. Aussi bien sur la nature du message que sur la légitimité des personnes qui le délivrent.
Une déclinaison aussi répandue que problématique de l’abus de réputation consiste à continuer d’utiliser son titre universitaire après son départ en retraite, alors même que celle-ci est mise à profit pour proposer des services à l’industrie comme consultant, de manière ponctuelle et parfois à temps plein. Ils sont forts nombreux, ces professeurs qui font capitaliser leur « émérite » ou leur « honoraire », titres auxquels ont droit les universitaires retraités mais qui conservent certaines prérogatives au sein de l’institution ou leur carrière s’est achevée. Un droit qui leur permet d’entretenir une ambiguïté sur la réalité, ou plutôt l’actualité de leur activité scientifique. Sans parler de la difficulté de rester à la page quand on à quitté le monde de la recherche 10 ou 15 ans auparavant.

La novlangue

Manuel du parfait lobbysite, chapitre 22, l’utilisation d’une novlangue pour déformer la réalité.
Il y a pléthore d’exemples, en voici quelques-uns :
– Le plus bel exemple est le remplacement du mot « pesticide » (qui fait peur) par « phytosanitaire ». On a ainsi réussi à nous faire oublier que les phytosanitaires sont des tueurs de vie (biocide).
– Dans le cas du gaz de schiste, la « fracturation hydraulique » devient : « massage, stimulation ou brumisation de la roche ».
– « Déréguler » est péjoratif vu que sa résultante est un éloignement d’un équilibre stable. Il devient « dérèglementer » qui apporte plus de libertés.
Interdire la novlangue serait de la censure, mais il faut toujours garder à l’esprit son pouvoir considérable sur l’opinion publique.

« Ne voyez-vous pas que le véritable but du novlangue est de restreindre les limites de la pensée ? A la fin, nous rendrons littéralement impossible le crime par la pensée car il n’y aura plus de mots pour l’exprimer. »

1984 (1949) de George Orwell

L’idée d’Orwell c’est que trop souvent nous nous laissons entraîner par les mots, nous laissons les mots penser à notre place.

« Ce qui importe avant tout, c’est que le sens gouverne le choix des mots et non l’inverse. En matière de prose, la pire des choses que l’on puisse faire avec les mots est de s’abandonner à eux. » George Orwell

1984 (1949) de George Orwell

Quand on s’exprime mal, on pense mal ou pas du tout. Le but de la novlangue dans 1984 est de parvenir à l’anéantissement de la pensée et remplacer le sens par le signal.
La langue peut-être un facteur d’oppression, tout comme un vecteur de liberté. On peut se libérer par la langue, mais encore faut-il conserver toute sa richesse, sa précision.

Auto-régulation, mesures volontaires, et self-capture

La régulation présuppose la séparation entre auteurs et destinataires de la régulation. L’autorégulation au contraire admet la coïncidence entre les deux. Alors que la régulation poursuivrait principalement l’intérêt public, l’autorégulation protégerait exclusivement les intérêts des régulés. Cette interprétation « dirigiste » est dépassée tant en théorie qu’en pratique. L’idée d’une séparation rigoureuse entre autorégulation et régulation, liée à la nature des intérêts protégés, est une simplification excessive.
Néanmoins, il faut garder à l’esprit que l’offre d’auto-régulation arrive comme une alternative à un projet législatif de manière systématique, ou presque. Son but est de le faire capoter et de le remplacer par des mesures plus indolores, et surtout détournées de l’objectif premier. L’autorégulation est un moyen très astucieux d’échapper à la loi en l’empêchant d’exister.
Charger le problème de trouver la solution : au bout de cette logique, il y a la démission complète des pouvoirs publics. Et souvent une concession faite en coulisses face au chantage de poids lourds de l’économie.
Ne soyons pas naïf, l’autorégulation est un doux rêve. Aucune industrie (c.a.d un ensemble d’acteurs) ne se régulera d’elle-même à cause de la rivalité du marché économique. Le premier à vraiment s’autoréguler verra ses concurrents gagner un avantage compétitif.
N.B : Par ailleurs, c’est le même problème avec les COP et le climat. La régulation, technologique par exemple, avec l’abandon de la 5G pour des raisons environnementales, ne peut se faire qu’à l’échelle mondiale, sous peine de voir des acteurs prendre du retard et se faire assimiler par les autres.

Le nivellement par le bas des inquiétudes pour un consensus

The Guardian – The real reason some scientists downplay the risks of climate change Oct. 2019

Une carrière et une réputation c’est des années pour la bâtir, et quelques secondes pour la détruire. Il vaut mieux que la réalité s’annonce plus grave que les prévisions ou les mises en garde ne serviront plus à rien. Lorsqu’il existe des divergences d’opinion inconciliables, les scientifiques peuvent choisir de se taire, donnant l’impression erronée que l’on ne sait rien. Et si les scientifiques exposent publiquement leur désaccord, les responsables gouvernementaux prendront leurs divergences d’opinion pour de l’ignorance et peuvent s’en servir pour justifier leur inaction.Il y a le besoin d’un message clair et fort, sans ambiguïté pour les décideurs.
La recherche apparente d’un consensus, l’univocité, et le besoin éprouvé de parler d’une seule voix font perdre beaucoup de temps et masquent l’étendue des possibilités :
Si les résultats d’un consensus vont de 5 à 10, les possibilités peuvent aller de 1 à 100.

Déontologie

Toutes les industries craignent la réglementation et se protègent en recourant à différentes tactiques qui donnent à ces industriels le beau rôle de citoyens respectables aux yeux des décideurs politiques et du public.

Effet de licence morale : déclaration vaut-elle absolution ?

Il existe des effets pervers à cette transparence. Entres autres, l’effet de « licence morale » chez les individus (scientifiques ou non) : une fois leurs conflits d’intérêts déclarés, un « sentiment souvent inconscient que l’avis biaisé est légitime car la personne à qui l’avis est délivré a été prévenue ». Là où l’on s’attendrait à avoir un effet dissuasif, la psychologie sociale pointe plutôt vers « un effet bonne conscience » qui favoriserait une banalisation du conflit d’intérêts.
Les agences, en tant qu’émetteurs de la transparence puisque ce sont elles qui rendent publiques les déclaration d’intérêts, sont elles aussi concernées par cet effet bonne conscience. Car en parallèle de la mise en place de toutes leurs politiques, elles ont aussi instauré, en cours de route , une multitude de dérogations, d’exceptions, et d’assouplissements.

Un expert sans conflit d’intérêts est-il un expert sans intérêt ?

Une excuse très répandue : l’industrie travaille avec les meilleurs scientifiques, alors quand on fait appel aux meilleurs, ils ont forcément des liens avec l’industrie. Un raisonnement qui revient à dire : ceux qui n’ont pas de relations avec les industriels sont des tocards. Une absence de liens serait donc un indice, voire une preuve de manque de compétence.
« L’indépendance totale d’un expert est le gage de son incompétence ». Bernard Lemoine, vice-président délégué de l’organisation française de lobbying pharmaceutique, Leem.
Cette causalité est peu étayée. Il faut se poser la question dans le bon sens. Une dépendance aux firmes est-elle gage de « compétence » ? Un scientifique dont le jugement a été influencé par des intérêts commerciaux est-il toujours aussi « compétent » pour une mission d’intérêt public ? Ne devrait-on pas plutôt se demander quelle véritable « compétence » doit être requise pour prendre part à une décision de santé publique ?

C’est celui qui dit qui est

Une stratégie d’autodéfense adoptée par les industriels consiste à retourner la notion de conflit d’intérêts et la renvoyer à l’expéditeur pour neutraliser les scientifiques indépendants. Ces derniers ont également un conflit d’intérêts expliquent-ils précisément parce qu’ils bénéficient de financements publics. La propagande des industriels essaie donc d’imprégner les esprits de cette idée que, s’ils veulent décrocher des financement, les chercheurs académiques ont intérêt à exagérer les risques – pourquoi dépenser de l’argent public s’il n’y a pas de problème ? Les industriels clament donc que la présentation exagérée des risques peut avoir pour conséquence de renforcer le financement par des organisations publiques.
C’est un monde à l’envers que ce monde où les chercheurs publics sont perçus comme les corrupteurs du savoir par la puissance publique qui les emploie, tandis que les porteurs d’intérêts commerciaux sont adoubés meilleurs garants de l’impartialité de la démarche scientifique.
Les exemples ne manquent pas où des scientifiques se sont vus écartés, en dépit de leur expertise, par des instances publiques suite aux exigences des industriels, justement parce qu’ils avaient documenté un problème avec une substance.
Il faut relever la contradiction manifeste dans le discours des industriels, qui d’un côté réclament la présence de scientifiques liés aux firmes dans les comités d’experts au prétexte que leur connaissance des produits est indispensable à leur évaluation, mais qui de l’autre exigent l’élimination de professionnels qui auraient travaillé sur leurs produits mais en leur trouvant des défauts.
Quel est la motivation de cette machine de propagande sinon une idéologie qui voit la défense de l’intérêt général comme le conflit d’intérêt ultime ? Mais quand l’intérêt général devient suspect aux yeux mêmes de ses garants, au service de qui les pouvoir publics travaillent-ils ?

La collégialité 

Dans l’imaginaire collectif, la collégialité permettrait de déjouer les plans sournois d’un agent missionné par des industriels, grâce à la perspicacité des collègues siégeant en comité solennel.
En réalité, la routine du travail d’expertise quotidien est faite d’informel. Tout le mode connaît la répartition « classique » des tâches d’un groupe de projet : un seul se saisit d’un dossier, il se dévoue. Parfois une seule personne au sein du panel est d’ailleurs vraiment capable de comprendre de quoi il retourne. On compte sur les autres, on se repose sur le jugement d’une minorité que l’on pense qualifiée.
À cela il faut ajouter que les comités d’experts, les tempéraments autoritaires imposent leurs point de vue, comme dans n’importe quel cadre de vie.
La collégialité se retrouve donc influencée par la dévotion et l’autoritarisme.

La dissonance cognitive

La problématique du conflit d’intérêts n’a rien à voir avec une question d’honnêteté ou de malhonnêteté. On peut tout à fait être en même temps honnête/sincère, ET en situation de conflit d’intérêts.
Plus vous êtes éduqués, instruits, et possédez un haut niveau d’études, plus vous pensez être protégé de l’influence des lobbys. L’éducation donne une confiance trompeuse en sa capacité à détecter les influences.
Également, plus on fait d’études, plus on a tendance à faire confiance imprudemment à la science.

Beaucoup de docteurs, et de scientifiques se pensent immunisés contre les tentatives d’influence des industriels. Pour certains esprits, avoir prêté serment est la grâce qui permet d’être totalement capable de pouvoir faire la part des choses entre publicités et information.

Ici entre en scène la dissonance cognitive : un inconfort psychologique que l’on peut ressentir quand nos pensées ou nos actions sont en désaccord avec nos idées, croyances ou valeurs (ou cognition). Pour sortir de cet état, nous cherchons inconsciemment à résoudre ce paradoxe en établissant une cohérence entre les deux. Le cerveau humain n’est pas rationnel, mais rationalisant. Il met en place une dynamique de déni et de minimisation.
L’effort étant d’autant plus important qu’il touche à l’image de soi.Difficile de vivre en désaccord constant avec soi-même.
L’effort est également plus important lorsqu’on est âgé. La jeunesse à moins à perdre en se remettant en question.
En réponse à cette dissonance cognitive, différents processus de justification peuvent se mettre en place :

  • La théorie de la normalité du dialogue. En vertu de laquelle il serait plus constructif de travailler avec les industriels que d’être dans une logique antagoniste. Les chercheurs indépendants sont-ils exclus du dialogue ? Il est naïf de croire qu’il est toujours bon d’associer les industriels à une décision qui les concerne. Ou de croire qu’elle sera mieux acceptée, donc mieux appliquée ensuite. Tout ce que cette association garantit, c’est le risque qu’une décision soit torpillée, au mieux diluée, a minima cernée et sous surveillance.
  • La théorie de la dilution. Plus un expert possède de liens avec des industriels différents, moins il serait susceptible de travailler pour les intérêts de l’un en particulier. Est-ce un conflit d’intérêt quand on travaille seulement avec une seule firme ?

La décharge de responsabilité en invoquant le libre arbitre

« Nous sommes cernés par les ayatollahs de l’hygiénisme absolu et du principe de précaution qui s’insinuent dans la liberté individuelle de chacun. Cette dictature hygiéniste est liberticide ! ». Vraiment ?
La liberté de commerce que revendique les lobbys fait écho à une autre liberté, passée dans la lessiveuse à propagande des industriels : la liberté individuelle. Dans ce relooking de l’addiction en choix personnel, se déplie la stratégie suivante : se défausser de sa responsabilité sur les gens. Un retournement de situation qui permet de les abandonner avec la culpabilité d’un choix qu’ils n’ont pas fait. Même si parfois la culpabilité est remplacée par l’assurance d’un choix délibéré, ce qui évite de s’avouer qu’on arrive pas à mettre fin à son addiction.
Prenons l’exemple du tabac.
« Les industriels ont peut-être retardé l’avancée des connaissances, mais nous savons depuis bien longtemps que la cigarette tue. Les gens choisissent de s’asphyxier, ils ne veulent pas être privé de leur petit plaisir ».

Pause cigarette sur le Tour de France 1927 – Photographie de L’Équipe

Il est d’une grande malhonnêteté intellectuelle, ou d’une grande ignorance, de croire que la population a toujours su à quoi elle s’exposait avec le tabac.
Il y a une différence considérable entre suspecter qu’un produit peut-être nocif, et que la science reconnaisse qu’un produit est une drogue et tue la population à petit feu. Pourquoi dépenser 200 euros par mois quand on est à 10 euros près ? Les sommes dépensées par les fumeurs défavorisés sont une preuve indiscutable que le tabac est une drogue, une maladie chronique. Mais ça n’a pas toujours été reconnue comme tel.
S’il y a consensus scientifique, alors il peut exister une réglementation pour qu’un produit deviennent socialement « incorrect » contre lequel l’ensemble de la société doit lutter (Loi Evin).
En un siècle, qu’est-ce qui a changé pour permettre aux gens de sortir de leur addiction ou ne pas y tomber ? La fin des publicités, l’interdiction de fumer dans les lieux publics, l’augmentation du prix du paquet, les politiques de prévention, le remboursement des substituts nicotiniques, la mise en œuvre d’une stratégie de marketing social (mois sans tabac, pictogramme « femme enceinte » sur le paquet de cigarettes, instauration du paquet de cigarettes neutre avec augmentation de la taille des avertissements sanitaires), l’interdiction des arômes et additifs (par exemple les capsules mentholées) particulièrement attractifs pour les jeunes.
L’interdiction de la vente de tabac au moins de 16 ans date seulement de 2003, et pour les moins de 18 ans de 2010.

Face à la cigarette, les personnes issues de catégories socio-professionnelles moins favorisées sont plus nombreuses à fumer. L’expérimentation et l’initiation au tabac commencent bien plus tôt chez les catégories défavorisées. Les jeunes sont également plus susceptibles de se mettre à fumer. Il y a une inégalité sociale face à l’addiction au tabac. Les causes avancées sont entre autres :

  • Gérer le stress ;
  • La difficulté à se projeter dans l’avenir. La précarité induit une myopie temporelle. Quand on vit au jour le jour, savoir que le tabac aura des conséquences dans dix ans n’a pas d’importance ;
  • La méfiance à l’égard des messages de prévention ;
  • Le déni du risque ;
  • Les événements difficiles pendant l’enfance ;
  • Pour des chômeurs, partager une cigarette, c’est retisser du lien social. C’est pourquoi on dit que le tabac est l’anxiolytique du pauvre ;
  • Quand on ne peut rien se payer (concerts, restau, sorties), une petite cigarette est en apparence un plaisir pas cher
  • Les personnes isolées, sans emploi, peu connectées, reçoivent aussi moins les messages de prévention. Plus on est marginalisé ou avec un faible niveau d’études, plus on se méfie des discours politiques et sanitaires.

Il ne s’agit pas ici d’infantiliser les pauvres, les défavorisés, ou les exclus, mais on peut constater que des inégalités sociales existent et que les cigarettiers ne s’en plaignent pas.
Pire encore, le processus de sevrage diffère selon la situation socioéconomique : les fumeurs des catégories sociales moins favorisées sont aussi nombreux que les autres à vouloir et à tenter d’arrêter de fumer, mais ils y arrivent moins souvent. Notamment à cause du coût du sevrage (passer à la cigarette électronique, mâcher 120 nicorettes par jour, se procurer des patchs, aller voir un addictologue peut en effet devenir coûteux à force).

Alors, fumer est-il un choix ? La question se décompose en deux, choisit-on de commencer et choisit-on de continuer ? Et il faut y réfléchir sur deux niveaux : la liberté individuelle et l’intérêt général. On dit que la liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres. Alors du moment qu’on embête personne, peut-on se tuer seul dans son coin avec des cigarettes ? Mais dans un pays où la santé est remboursée, les choix individuels ne sont-il pas un peu l’affaire de tous ?

Il est important qu’un pays aide les personnes « à risque », c’est à dire les jeunes qui sont plus sensibles aux addictions, et les pauvre qui ont plus de mal à en sortir. On ne choisit pas quand la biochimie de son cerveau est accro à une substance. On ne choisit pas non plus son statut social et à quel endroit on va naître. C’est réducteur et très insultant de réduire la question du tabagisme au libre arbitre.
Les arguments mis en oeuvre par l’industrie font reposer la responsabilité du préjudice à la santé sur les individus et dépeignent l’action des gouvernements comme des interférences dans la liberté personnelle et le libre choix.

C’est par là que ça se passe

Les agences de sécurité sanitaire

Le rôle des agences réglementaires consiste à nourrir la décision publique et à en protéger l’intégrité. Si elles le décidaient, elles pourraient aussi imposer un standard d’exigence qui contraindrait par ricochet les revues scientifiques à s’aligner. Mais les gardes-fous qu’elles ont mis en places sont à l’évidence insuffisants. En Europe, malgré la multiplication de règles, de codes de déontologie, de comités d’éthique et de formulaires compliqués, personne n’arrive véritablement à gérer les conflits d’intérêts. Pour beaucoup, la transparence suffit. Comme si, une fois signalé, le conflit d’intérêts s’auto-détruisait. Comme si mettre en ligne les déclarations des experts était l’équivalent d’une politique de gestion des conflits d’intérêts. Comme si la transparence était un objectif en soi, alors que c’est bien le minimum que le public puisse exiger dans une démocratie moderne.

Les agences de sécurité sanitaire sont les institutions qui fournissent l’expertise « officielle » qui sera prise en compte par les pouvoirs publics. Pour rendre leurs avis, ces institutions se fondent sur des études dites « réglementaires » (généralement confidentielles) que leurs fournissent les fabricants mais aussi sur les études publiées dans la littérature scientifique. L’activité de ces agences est cruciale à plusieurs titres. Non seulement elles sont censées traduire l’état des connaissances de la réglementation, mais elles forment la principale source d’informations disponibles pour les médias et les responsables politiques, sur les risque présentés par tel ou tel produit, telle ou telle technologie. Les médias et les responsables politiques considèrent ainsi — à tort, car ce n’est pas toujours le cas — les opinions de ces agences réglementaires comme l’expression de « consensus scientifique ».

En France, la notion d’agences reste floue. Les agences de santé ont un statut d’établissement public d’État. L’idée, issue du modèle anglo-saxon, est qu’elles rendent des avis d’expert dans leurs domaines respectifs, tout en laissant la décision finale et la stratégie à l’administration. De plus, les dirigeants des agences sont nommés par décret du Président de la République, et leurs conseils de gouvernance comprennent des membres de l’Etat. En France, on retrouve :
-INRS 
(Institut national de recherche et de sécurité)
– HAS (La Haute autorité de santé)
– AFSSAPS (Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé)
– InVS (L’Institut de veille sanitaire)
– ABM (Agence de la Biomédecine)
– EFS (Établissement Français du Sang)
– INTS (Institut National de la Transfusion Sanguine)
– INPES (Institut national de prévention et d’éducation pour la santé)
– ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail)
IRSN (Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire)
– INERIS (L’Institut national de l’environnement industriel et des risques)
– ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé)

Faire partie de l’UE, ça veut dire abandonner une partie de sa souveraineté nationale, par la primauté du droit européen, sur le droit français.

L’UE, le paradis des lobbyistes

Petit guide de lobbying dans les arènes de l’Union européenne – Gary Dagorn et Stéphane Horel (Le Monde – 2019)

Pour beaucoup aujourd’hui, l’Europe est incompréhensible, indémontable irréparable. Tenus à l’écart des décisions politiques, les citoyens nourrissent un sentiment de frustration et de confiscation. Des choix de société sont fait à Bruxelles sans qu’on que l’on sache comment.
Les professionnels de l’influence sont sans doute ceux qui maîtrisent le mieux le mode d’emploi des processus de décision européens, et pas les citoyens. Convaincre les décideurs européens requiert une parfaite connaissance des procédures législatives et des rouages de l’administration, ainsi qu’une maîtrise impeccable des subtilités hiérarchiques des organigrammes. C’est d’ailleurs pour cette raison que les cabinets de lobbying aiment recruter des personnes passées par un ou plusieurs postes à la Commission. On appelle ces allers (souvent sans retour) du public au privé le système des revolving doors – ou portes tambours.

Au sein de l’UE, la « capture du régulateur », a pour cible préférentielle les fonctionnaires de la Commission européenne, puisque c’est cette dernière qui détient le pouvoir de l’initiative législative.

  • Les « policy officers » (responsables des politiques publiques) : ce sont eux qui sont au premier stade de l’élaboration de la loi. Viennent ensuite leurs chefs d’unités et leurs directeurs. Au sommet de la hiérarchie administrative, les directeurs généraux, et au sommet de la hiérarchie politique, les commissaires, à ne solliciter que pour des problèmes proportionnels à leur pouvoir, et d’égal à égal. On n’envoie pas un « junior » discuter avec la commissaire pour l’industrie par exemple, mais le PDG d’un grand groupe.
  • Les « groupes d’experts » : un déficit d’expertise en interne a, très tôt dans la construction européenne, conduit la Commission à se reposer sur ces groupes. Réunis par les directions générales (DG concurrence, DG énergie, DG recherche, etc.), les « experts » peuvent être des représentants des Etats membres – c’est la majorité –, des universitaires, des membres d’ONG ou des lobbyistes. On dénombre près de 800 de ces groupes. Leur composition peu transparente et déséquilibrée fait régulièrement l’objet de critiques. Le groupe d’experts sur les politiques fiscales de l’Union, par exemple, comprenait PricewaterhouseCoopers (PwC), un cabinet qui a conseillé plus de 350 multinationales pour leur « optimisation fiscale ».
  • Les agences réglementaires (et leurs comités scientifiques) : un peu à part de la fabrique de la loi bruxelloise, elles sont aussi les cibles d’un lobbying très technique. Agence du médicament (EMA) ou des produits chimiques (ECHA), elles sont chargées de surveiller des secteurs très réglementés. Et qui dit réglementation, dit forcément lobbying. Depuis une dizaine d’années, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), est fortement critiquée pour sa proximité avec les industriels des secteurs qu’elle doit contrôler et les conflits d’intérêts au sein de ses panels d’experts. En 2017, l’ONG Corporate Europe Observatory avait calculé que près de la moitié de ses experts étaient liés à l’industrie.

Comment influencent-ils la procédure législative européenne ?
Transmettre le bon message au bon moment et à la bonne personne constitue l’essentiel du lobbying.
Le « bon message » prend le plus souvent la forme d’un exposé de position (position paper) élaboré par le secteur ou une firme sur un projet législatif. Il est seriné lors de rendez-vous, par e-mail, dans les pièces jointes, lors de petites conférences et d’événements organisés au sein même du Parlement. Répéter en multipliant les canaux de transmission, telle est la recette pour être entendu.
Le « bon moment » est calé sur le processus de décision, qu’il soit au stade des discussions internes à la Commission, du débat au Parlement, des négociations au Conseil, ou des « trilogues », stade ultime de la recherche de compromis entre les trois institutions européennes.
La « bonne personne », enfin, dépend du stade du processus. Il s’agit pour les lobbyistes d’établir des relations fluides avec les fonctionnaires chargés du dossier ou les eurodéputés. Du côté de la Commission, on appelle cela le « dialogue avec les parties prenantes ».

Combien sont-ils ?
Le registre commun à la Commission et au Parlement compte à ce jour environ 11 800 organisations déclarées comme représentantes d’intérêts auprès des décideurs et fonctionnaires de l’Union européenne (UE). Le nombre d’équivalents temps plein déclarés par celles-ci est de 24 894. L’Organisation non gouvernementale Transparency International estime quant à elle à environ 26 500 le nombre de lobbyistes présents de façon régulière à Bruxelles, et à environ 37 300 le nombre de personnes impliquées dans les activités de lobbying dans la capitale belge.

Le règlement REACH ou l’ambition européenne de la maîtrise du risque chimique

La plupart des produits chimiques sur le marché n’ont jamais eu à subir le moindre test. Dans l’Union Européenne, les autorités disposent de données de sécurité uniquement pour ce que la loi a baptisé les « nouvelles » substances, au nombre de 4300 environ, mises sur le marché après 1981. Et encore, ces données sont « rudimentaires ». Les substances existantes avant cette date ont quand à elles été intégrées sans aucune question aux procédés industriels, aux objets courants, et finalement, à nos corps. On en dénombre environ 100 000.
Avant, le feu vert était délivré de manière quasi automatique, et la responsabilité d’apporter la démonstration d’une quelconque nocivité reposait sur la puissance publique.
En 2006, le règlement européen sur les produits chimiques REACH inverse la charge de la preuve. REACH est un acronyme pour enregistrement, évaluation, et autorisation des substances chimiques. Ce sont désormais les industriels qui doivent apporter en amont, par leurs études, la preuve d’innocuité. Le dispositif REACH permet, en théorie, d’évaluer la dangerosité des substances chimiques utilisées dans le commerce.
Quelques remarques :

  1. Demander aux industriels d’en supporter le prix, c’est ouvrir la voie à des effets pervers (biais, manipulation, mensonge) ;
  2. Entre 2007 et 2019, Reach a permis d’enregistrer (pas évaluer !) 22 650 substances chimiques. Couvrant ainsi toutes celles produites ou importées à plus d’une tonne par an sur le marché européen. Qu’en est-il des milliers de substances importées de moins d’une tonne ? Paracelse n’était probablement pas encore exposé à beaucoup de perturbateurs endocriniens pour lesquels ce n’est pas la dose qui fait le poison, mais la chronicité de l’exposition et le timing ;
  3. L’ECHA, l’Agence européenne des produits chimiques, a la charge d’évaluer les dossiers évaluant les substances, élaborés par les industriels. L’ECHA reçoit 15 000 dossiers par an, qui sont vérifiés par informatique, et n’a l’obligation d’en étudier en détail que 5 %. Impossible de faire plus faute de moyens. L’UE dispose des meilleurs règles au mondes, mais celles-ci figurent parmi les plus mal appliquées.
  4. REACH est unique au monde, mais ce règlement ne donne t-il pas un faux sentiment de sécurité aux citoyens européens ? En partant du principe que toutes les molécules seraient enregistrées, peut-on vraiment faire confiance à l’industrie pour apporter la preuve de l’innocuité d’une substance ?

Adieu la recherche publique, adieu la recherche indépendante

Les industriels n’ont pas encore réussi à éliminer la science indépendante qui se met en travers de leur chemin. Première condition pour y parvenir : finir d’aménager l’acceptabilité de la matière scientifique qu’ils ont eux-mêmes produite. Après près de 4 décennies d’existence, les études respectant les normes des « bonnes pratiques de laboratoire » (BPL), exclusivement financées par les industriels, font désormais office de lubrifiant du système réglementaire. Unanimement critiquées par les scientifiques du monde de la recherche, établies au départ comme de simple cahiers des charges destinées à empêcher erreurs et fraudes grossières, les BPL sont devenues le gold standard (norme de référence) de l’évaluation des risques de produits alors même qu’elles n’ont pas été conçues pour cela.
On a créé un système qui maintient la science moderne en dehors de la détermination de la sécurité des produits chimiques. Ce que les acteurs économiques essayent désormais d’instituer, c’est la supériorité des études BPL sur la recherche académique.

Le gouvernement a lancé en Février 2019 un appel à une vaste discussion démocratique pour sa future loi de programmation pluriannuelle pour la recherche. Et les chercheurs y participent. En force organisée, via 22 « sociétés savantes » qui ont interrogé des milliers de scientifiques qui ont aboutit au « mémo » publié dans cet article du Monde.
En voici un résumé pour constater où en est la recherche en France.

Organisation de la recherche : 
Le paysage de la recherche publique est complexe, constitué d’établissements d’enseignement supérieur et d’organismes de recherche dépendant de plusieurs ministères. Aucune structure politique identifiée n’assure actuellement le pilotage stratégique de l’ensemble de la recherche publique. Les organismes de recherche nationaux ont des contours thématiques parfois fortement chevauchants, un mécanisme d’alliance d’organismes étant censé coordonner les recherches au sein de chacun des grands champs disciplinaires.
L’organisation générale de la recherche est considérée comme excessivement morcelée, sans que des pistes consensuelles de fusion d’organismes émergent.

Financement de la recherche : 
L’investissement public dans la recherche publique civile stagne à environ 0.8% du PIB depuis plusieurs décennies. Structurellement, un glissement important a de plus eu lieu au cours des 15 dernières années, le financement des recherches des laboratoires (hors salaires permanents et infrastructures) passant d’un système de financement majoritaire par dotation d’État à un système de financement majoritaire par contrats sur Appels à Projets (AAP).

Le manque de financements, attribué à une mauvaise compréhension par le monde politique du rôle crucial joué par le monde académique dans la société et l’économie, impact fortement et négativement les activités des laboratoires publics.

Emploi scientifique : 
On constate en France une diminution nette du nombre d’inscriptions en première année de doctorat au cours des dix dernières années. Cette baisse d’attractivité pour les métiers de la recherche est corrélée à une faible reconnaissance du doctorat en-dehors du monde académique, comparée aux autres pays de l’OCDE, et à une politique de rémunérations très inférieures, à la fois aux standards internationaux et aux rémunérations et à la progression de carrière des agents de rang A+ dans les autres ministères. 
L’insuffisance des débouchés du doctorat dans les fonctions publiques et dans le monde économique est une spécificité française.

Relations entre recherche publique et société : 
La trop faible représentation des docteurs dans les hautes fonctions publiques (environ 2% contre plus de 20% en Allemagne, États-Unis, etc.) et dans les entreprises (moins de 15% de docteurs parmi les chercheurs privés) est un fort handicap à la prise en compte des méthodes et résultats de la recherche publique par les décideurs politiques et économiques.

Le projet scientifique est de comprendre le monde, le projet technologique est d’en tirer parti.

Stéphane Foucart

La recherche fondamentale paraît s’effacer au profit de l’ « innovation », mot d’ordre et presque devise officielle, qui semble n’être plus concevable intellectuellement qu’en termes de technique. Mais qu’est-ce qu’une société exclusivement orientée vers le développement d’applications et de débouchés industriels ?

Y-a t-il un grand méchant loup ?

Qui sont ces gens qui, sciemment et secrètement, décident d’exposer le public au risque, avec pour seul objectif de vendre des produits ? Qui croira que la maladie et la mort des consommateurs soient la juste contrepartie de leur prospérité ?

La substitution causale

Scientifiques, hommes politiques, élus, industriels, avocats, lobbyistes, sont-ils tous au courant de la machinerie mise en branle derrière leur simple office ? Comment mesurer les répercussions de leur maigre contribution à un dessin global qu’ils ignorent souvent ?

À travers la sélection naturelle, il est possible que l’être humain ait acquis la capacité à « porter des oeillères ». L’humain aime la nature, mais pour vivre et survivre, il doit la consommer. Vivre pour un humain, qui plus est occidental, cela signifie détruire de l’énergie, des ressources et des écosystèmes. Ou en tout cas les transformer et les faire passer à un niveau d’entropie supérieur. L’impact de la vie d’un individu sur son environnement est douloureux à accepter. Homo Sapiens a ainsi acquis la capacité à se décharger de sa responsabilité : c’est l’hypothèse de la substitution causale. Nous reprochons ce que nous faisons, à des entités (parfois très abstraites). Bien avant la Bible et la mythologie contemporaine, lorsqu’il a fallut interpréter la relation à l’environnement et à la vie en général, l’Humain a inconsciemment mis en place des stratégies de défausses et de substitutions. Homo Sapiens est capable de se raconter des histoires qui racontent que ce n’est pas nous qui détruisons notre environnement mais autre chose. Cette capacité d’abstraction inscrite dans notre ADN est une résultante de la dissonance cognitive qui frappe Homo Sapiens lorsque ses actes ne sont pas en accord avec ses croyances.
Notre cerveau n’est pas rationnel mais rationnalisant. Nous n’adaptons pas nos comportements à des stimuli, mais nous modelons notre représentation de la réalité pour maximiser notre survie.
La substitution causale permet, en partie, d’expliquer comment les « rouages » conscient de cette grosse machine qu’est la société peuvent délibérément ignorer leur place dans l’engrenage, et les effets provoqués par la dite-machine.

Un mal pour un bien ?

Il faut également se garder de l’idée qu’il y ait eu chez les scientifiques une forme de complicité active. Avaient-ils le choix ? D’une part ils doivent composer avec le manque chronique de moyens financiers pour mener leurs travaux et sont incités par leurs tutelles à nouer des partenariats avec le secteur privé. D’autre part, ils doivent parfois faire face à la rétention d’information des pouvoirs publics. S’ils veulent travailler sur les effets des pesticides, les écologues sont bien souvent contraints de s’associer à l’agro-industrie et ce, simplement pour avoir accès à l’information.

La peur de la perte de crédibilité

À cela s’ajoute la crainte des nombreux scientifiques, d’apparaître auprès de leurs pairs, de leurs tutelles ou de la société comme « militants », « alarmistes », etc… Or, c’est ainsi que sont souvent représentés les chercheurs dont les travaux mettent en cause des produits commerciaux bien identifiés. On préfère plutôt, dans la communauté scientifique, pointer des grandes tendances, des phénomènes généraux, plutôt qu’une classe de substances particulière, par exemple. Il est donc bien plus confortable d’en rester à des considérations globales plutôt qu’à des accusation ciblées, même si celles-ci sont fondées.
Cette peur d’entacher leur crédibilité conduit les scientifiques à restreindre leurs prises de position.

La bureaucratie

Dans une certaines mesures, la bureaucratie permet aux gens de se dissocier des conséquences de leurs actions. Et lorsque vous combinez la bureaucratie avec la possibilité de tirer profit de ne pas faire ce qu’il faudrait, vous avez là une puissante incitation à cacher la vérité, à tromper, à faire des choses qui finiront par tuer les gens, à les blesser et les rendre malades de façon irréparable. 3 facteurs sont associés à la décharge de responsabilité :

  • Une dimension administrative des tâches
  • Des mécanismes psychologiques comme la dissonance cognitive accommodant des arrangements avec sa conscience
  • Des incitations financières

étroitement enchainés avec 2 niveaux de responsabilités :

  • La machinerie des systèmes
  • La responsabilité individuelle

Ces éléments peuvent se comprendre dans des firmes, mais qu’en est-il de médecins, hygiénistes industriels qui ont embrassé ces professions pour venir en aide aux gens, pour empêcher la maladie, pour empêcher les dommages corporels, et qui finissent par faire exactement le contraire ?

Les professionnels de l’influence sont-ils des meurtriers ? À quel moment la mort d’un travailleur ou d’un agriculteur devient-elle un meurtre ? Si nous étions dans un système où les individus sont tenus pénalement responsables, combien seraient derrière les barreaux ?
La façon dont le système pénale est configuré évite aux gens d’assumer la responsabilité de ce qu’ils infligent à d’autres êtres humains. N’espérez pas obtenir justice pour le mal qui a été fait. Le délit ou le crime de destruction délibérée de la connaissance n’existe pas. Du moins pas encore.
Ajoutons à cela que les pouvoirs publics ne font pas grand chose pour colmater les failles du système d’évaluation. Ce sont eux qui maintiennent en place des procédures périmées qui produisent du savoir scientifique qui servira de fondement à des décisions engageant la santé publique et l’environnement.

Les actionnaires sont décisionnaires

Quelle est l’utilité des actionnaires et le bien-fondé de leur rémunération ?

L’actionnaire n’investit que très rarement dans les firmes dont il détient des actions. La plupart du temps, l’argent des actionnaires n’arrive jamais jusqu’aux firmes mais reste sur les marchés financiers et passe de mains en mains entre les actionnaires.

Contrairement à une dette qui finit toujours par s’éteindre, les droits des actions sur les bénéfices sont perpétuels. La fonction première des actions n’est pas et n’a, sans doute, jamais été de financer les firmes, mais bien d’instituer une prédation perpétuelle sur l’appareil productif.


Qui croire ?

Il peut sembler paradoxal d’employer ici le verbe « croire ». En effet, la science n’est-elle pas une affaire de faits et non de croyances ?
Au tout début de cet article était évoqué le fait que la science ne dit jamais la vérité. Elle propose simplement un modèle « à date » de ce qui se rapproche le plus de la vérité. Il nous faut donc croire, et par extension faire confiance. Personne n’a les capacités pour tout comprendre. Alors, à défaut de pouvoir comprendre, c’est sur la source de l’information que va porter votre interrogation.
Quelle source semblera la plus crédible, la plus digne de confiance : les journalistes ? les responsables politiques ? les institutions scientifiques ? les agences sanitaires ? les industriels du secteur concerné ? les réseaux sociaux ? ses proches ? les ONG ? son médecin traitant ? Il n’y a pas de réponse simple et universelle.
Dans tous les cas, il faut se poser des questions sur la confiance (aveugle ?) accordée à des maillons de la chaîne de la fabrication de connaissances et de l’information.

Une pandémie de coronavirus a touché la planète, des millions de personnes ont été infectées. Il faut comprendre la maladie, et trouver un moyen de la combattre. Peut-on faire confiance aux plus prestigieuses revues de médecine du monde ? The Lancet et The New England Journal of Medicine ont coup sur coup procédé à la rétractation d’articles ayant trait au Covid-19.

On ne peut qu’être surpris de voir que le comité d’éthique de l’Anses est en déshérence depuis six mois. Le président du comité de déontologie de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail explique avoir démissionné en raison de tensions internes.

Des révélations du média américain Bloomberg montrent qu’aux Etats-Unis, un logiciel de gestion des dossiers médicaux pour les médecins était programmé, entre 2016 et 2019, pour les pousser à prescrire des opioïdes. Le résultat d’un accord secret entre l’entreprise à l’origine du logiciel et un fabricant pharmaceutique.
Les derniers chiffres des Centres de contrôle des maladies (CDC) font état de plus de 400 000 morts par overdoses aux opiacés aux États-Unis entre 1999 et 2018.
Et c’est sans compter une récente étude américaine qui révèle que 100.000 décès par surdose d’opiacés n’ont pas été recensés. Ce qui porterait le nombre de mort par les opiacés à un demi million de citoyens américains. Mais le procès n’aura pas lieu.
Et pendant cette période (1999-2018), 3334 personnes sont mortes aux USA dans des attentats terroristes dont 3008 uniquement pour l’année 2001.

Chaque nouveau scandale ébranle un peu plus la confiance du public envers la science et les autorités sanitaires. Les citoyens prennent peur face à des avancées scientifiques qu’on appelle des « progrès », peut-on les en blâmer ?

« Science sans conscience n’est que ruine de l’âme. »

Rabelais

Le problème n’est pas tant l’absence de conscience dans la science, que le fait qu’elle est dévoyée.
Si la science est une carte qui guide le chemin à prendre pour notre société, et que cette carte est falsifiée, alors que penser d’une société qui ne maitrise plus sa trajectoire ? La résultante probable est une perte de contrôle. Une société en perte de contrôle, c’est la définition d’un effondrement.

Autres sources

Lobbytomie – Stéphane Horel – éditions La Découverte, 2018
Et le monde devint silencieux – Comment l’agrochimie a détruit les insectes – Stéphane Foucart – éditions Le Seuil, 2019
Les gardiens de la raison : Enquête sur la désinformation scientifique – Stéphane Foucart, Stéphane Horel et Sylvain Laurens – éditions La Découverte, 2020
Les gardiens de la déraison – Yann KINDO – Mediapart 30.10.20
L’information scientifique, une guerre de (positions) tranchées – Thibault Prévost – arrêt sur images 25.09.20
Recension du livre “Les gardiens de la raison” (Foucart, Horel, Laurens) – Kum0kun – zet-ethique.fr 27.09.20

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  53. İnstagram uygulamasında en mühim olan içeriğin takipçi adedi bulunduğu
    herkes yönünden bilinmektedir ve bundan sonra bu sayıları
    çoğaltmak bugünümüzde çok basit bir hal aldı.
    İnstagram takipçi satin al platformları yardımı ile kısa vakitte
    yüksek takipçiye sahip olan hesapları elde etmek bundan sonra
    beklenenden çok daha basit gerçekleşiyor.

    Bununla birlikte instagram sitesinde bütün gönderi ve videolarınız dikkat çekecek kadar ilgi çekici hale gelecektir.

    Kullanılan hesapların yoğun bir iletişim alması amacıyla sarfedilen bu platformlar son zamanlarda instagram takipçi satın al
    süregelen bir şekilde tercih edilmektedir.

    .

  54. Günümüz de En çok Vakit Harcanan Sosyal Medya Araçlarından Biri de Youtube’ dir
    Eskilerden plaklar ve kasetler vardı şimdi ise günümüz video izlenme sitelerinden olan youtube var
    Bu nedenle Plak şirketleri vb işleri yapan fenomenler de youtube
    üzerinden gelir elde ederler.
    ve hemen hemen herkes Youtube abone satın al işlemi yaparak
    bu seviyeye gelmiştir, Youtube de abone sayınız az ise
    etkileşim kesinlikle çok zordur. bu sebepten abone satın alarak etkileşim görebilirsiniz.

    .

  55. Sitede Türk takipci satin al içerikleri sergilenirken,
    en ideal fiyatlı takipçi paketlerine de siteden ulaşılabiliyor.

    Sizlerde aktif ve tanınmış bir Instagram hesabına sahip
    olmak amacıyla siteyle etkileşim kurabilirsiniz.

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  57. Günümüz de Takipçi Satın Almanın Avantajları

    Günümüzde insanlar takipçi sayılarını artırma hususunda yoğun bir çaba sarf ediyor.

    Kimisi bu işlemi hashtag kullanımı ile kendisini tanıtmak veya paylaşım algoritması gibi çeşitli algoritmaları kullanarak yapmaktadır.

    Kimisi ise instagram takipçi satın al platformlarını kullanarak takipçi sayılarını artırmaktadır.

    Bu platformların en büyük avantajının gerçek takipçiler sunarak hızlı bir şekilde takipçi sayısının artırılabiliyor olması durumudur.

    Bunun yanı sıra da instagram algoritmalarını kullanarak sabrederek
    ve uzun zaman içerisinde bir yükselme yaşamak yerine kısa zamanda ve sabretmeden hızlı bir şekilde artış
    sağlanabiliyor olmasıdır.

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